Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Dim. 20h00 – « (…) nous lui laissons le choix entre les deux possibilités suivantes : nous convaincre ou nous obéir » –

Les Partis Politiques ont tous fait leurs rentrées. Les médias mettent en lumière la démultiplication des candidats à Gauche, Europe Ecologie prépare sa stratégie de campagne avec sa jeune équipe, l’UMP va devoir affronter les débats suscités par les révélations de « Sarko m’a tuer », le Modem se rapprocherait de ses anciens concurrents de droite… Notre ancien président J. Chirac a une santé qui l’empêcherait de rendre des comptes lors de son jugement, ce qui n’est, au final, guère surprenant et D. Strauss Kahn revient en souriant, avec quelque peu la posture d’un héros bafoué, boudé par ses ex-faux-amis dans l’hexagone. Après la justice américaine, il va être face à celle française. Son bras est long. Je ne m’inquiète pas pour lui. Je reste sceptique des manipulations médiatiques de ces derniers mois, mais laissons bénéfice au doute, je ne suis pas dans ces couloirs-ci. L’ex prince défunt de la gauche doit donc gérer une libido visiblement fort active, alors que notre petit roi N. Sarkozy tente d’étouffer les déchets hautement dangereux de l’affaire Bettencourt Ce n’est pas la première fois que les Hautes Sphères personnalisent le concept machiavélique de raison d’État.

Je m’étonne toujours des indignations collectives qui pourtant ne tentent rien (ou si peu) pour enrayer une déchéance morale qui n’a même plus besoin de trop se cacher. Nous avons déjà oublié les frasques mitterandiennes en Thaïlande, le placement du jeune dauphin à la tête de responsabilités trop lourdes pour sa jeune expérience quand bien même il avait sans doute de brillantes qualités intellectuelles (héritage de famille, qu’on approuve ou non ce pour quoi ils décident de mettre celles-ci au service de.), les show-off du début…

Les mises-à-l’index médiatiques ne sont jamais agréables, mais après presque 5 ans, il doit s’être habitué, il est toujours en place. La prise de la Bastille, les révoltes de Mai 68 ou autre mouvement important de contestation ne sont qu’un vague souvenir. Il faut de l’énergie pour agir contre le Léviathan défaillant et renouveler le contrat social. Il faut surtout être certain(e) que cela servirait à quelque chose. Déconstruire, pour bâtir quelque chose de plus cohérent. Ce désir est partagé par un grand nombre, toutes orientations politiques confondues. La mise en pratique est plus complexe. Les dirigeants ont bien du mal à rassembler derrière eux leurs citoyen(ne)s. Une remise en question peut-être serait bienvenue ?

Côté public, les gens évoquent ces successives « affaires » dans les dîners ou au café du coin, débattent, apportent leurs avis. Mais, passivement, la plupart assistent à la débâcle de la gestion politique en machouillant leurs chewing-gums, comme si c’était un reality show. La télévision a bien fait son travail. Ceux qui ont été à l’Education nationale bien avant le quinquennat aussi.

"Mais si quelqu’un de vous reste ici, expérience faite de la façon dont nous rendons la justice et dont nous administrons la cité, celui-là, nous déclarons que désormais il est vraiment d’accord avec nous pour faire ce que nous pourrions lui ordonner de faire. Et nous affirmons que, s’il n’obéit pas, il est coupable à trois titres : parce qu’il se révolte contre nous qui l’avons mis au monde, parce que nous l’avons élevé, et enfin parce que, ayant convenu de nous obéir, il ne nous obéit pas sans même chercher à nous faire changer d’avis, s’il arrive que nous ne nous conduisions pas comme il faut, et donc que, même si nous lui proposons cette alternative au lieu de prescrire brutalement de faire ce que nous prescrivons de faire, même si nous lui laissons le choix entre les deux possibilités suivantes : nous convaincre ou nous obéir, il ne se résout ni à l’une ni à l’autre" . – Platon

Le tableau n’est ni noir, ni cynique, c’est un simple constat, une observation, un faire-part de pensées. En théorie, nous avons tous le choix, en pratique, il faut avoir les moyens de faire un choix.

Dim. 21h48 - Gouverner : diriger avec le gouvernail (déf. Littré)