Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Dim. 21h48 - Gouverner : diriger avec le gouvernail (déf. Littré)

16 Octobre 2011 - Le résultat des Primaires Socialistes vient de tomber. F. Hollande a devancé M. Aubry. J'engage une discussion avec Julien L. qui séjourne en ce moment chez moi. Quel est mon avis sur l'état politique actuel ? Vaste question. En septembre, j'écrivais déjà une note à ce sujet. Un mois après, j'affine. Les symptômes de la crise économique ont depuis fait leurs apparitions. Les populations se préparent psychologiquement à affronter des années difficiles, où il y a fort à parier que ceux qui travaillent, auront des rythmes encore plus soutenus et ceux qui sont sans emplois, des difficultés à en trouver. Les réseaux informels s'intensifient, tous les secteurs sont touchés, que ça soit privés ou publics. Si nous, nous le savons, il n'y a aucun doute possible sur le fait que ceux qui prétendent nous gouverner l'ignorent. Je ne m'étonne même plus des débats, jugés subjectivement non constructifs d'un certain point de vue pour la plupart, qui animent la population. Plus d'un million de votants pour les Primaires, il y a néanmoins encore un élan citoyen.

Pourtant, je ne vois nul part parmi les candidats aux présidentielles une quelconque honnêteté individuelle. Tous - sans exception - sont informés de ce qu'ils vont devoir affronter s'ils sont élus. Droite ou gauche, ils n'auront pas 50 000 solutions : quand il n'y a plus d'argent dans le compte, tous devons nous serrer la ceinture, pour parler simplement. Ce qui est valable à titre individuel, l'est aussi à titre collectif. Un honnête homme (ou femme), annoncerait son jeu sans bluff : "Vous, nous, aujourd'hui nous n'avons plus le choix : il va falloir se serrer les coudes, se restreindre sur tous les plans, et réfléchir ensemble plutôt qu'en opposition, dépasser les égoïsmes." Mais il faudrait une évolution des mentalités d'une part, foncièrement encore attachées (bizarrement) aux couleurs politiques, baignant probablement dans l'illusion des partis établis à la grande époque de la politique du XXème siècle, et, par une capacité des futur(e)s candidat(e)s à avoir une idée politique au sens étymologique du terme.

De C. de Gaulle à J. Chirac, que ça soit G. Pompidou, V. Giscard d'Estaing, F.Mitterrand, tous, étaient encore motivés par une image qu'ils avaient de la France, et non par une revanche à prendre, une revendication à faire prévaloir, ou l'obtention de la première place sur le podium.

Si les intellectuels ne peuvent probablement pas correctement gouverner un pays, celui qui est uniquement intelligent ne le peut pas non plus. Ceci peut se comprendre par n'importe qui : certain(e)s peuvent avoir la capacité de mener un projet, être confronté(e) à des difficultés, savoir résoudre les problèmes en temps voulu, c'est une forme d'intelligence. Prendre du recul, anticiper les évolutions de ton entreprise en tenant compte des erreurs déjà faites, garder un cap et une destination, c'est la "vision" d'ensemble. J'ose interroger les prétendant(e)s aux présidentielles : quelle est la votre au-delà des échéances électorales de 2017, une fois que vous êtes élu(e) en 2012 ?

La montée de F. Bayrou en 2007 était symbolique. Je fais partie de ceux qui ont voté pour lui au premier tour, bien que consciente que son programme était bancal, que l'homme n'était probablement pas à la hauteur. Il n'y avait aucun danger qu'il soit président. J'ai voté blanc, et je l'assume au 2ème tour. C'était l'indication d'une aspiration - totalement inutile puisque le vote blanc n'est pas comptabilité, alors que l'abstention oui. 2012 est un point d'interrogation. Je pousse pourtant à faire valoir ses droits et devoirs civiques en allant voter, mais quand nous observons les comportements des compétiteurs/compétitrices, c'est une mauvaise pièce de théâtre. Le bébête show ou les guignols de l'info sont beaucoup plus intéressants !

Aujourd'hui, j'admire ceux et celles de ma génération (trentenaires et plus jeunes) qui s'engagent encore dans les voies politiques - comme J. Bayou - qui osent accorder leurs idées à leurs actes, et surtout leurs modes de vie. Bien que je ne partage pas toutes ses positions (et il le sait), il fait partie de ces personnes qui ont une "vision" appliquée. L'Agora français, devrait assainir et remercier quelques sophistes au profits d'activistes humanistes qu'ils soient libéraux, ou sociaux. Les pouvoirs en place devraient écouter les voix perdues de ceux et celles qui sont fatigués de ces luttes de cours de récréations qui n'ont absolument aucun sens.

Certes ce n'est pas toujours évident, car chacun a toujours des conflits entre intérêts personnels et publics (qu'on soit de gauche ou de droite, l'être humain ne changera pas, il faut l'accepter), mais il y a des dérives fort inquiétantes depuis quelques temps. Comment arrivez-vous à vous regardez dans la glace le matin, sans vous mentir ?

Un peu de réalisme : nous ne pouvons pas tout étatiser, tout comme nous ne pouvons pas tout libéraliser ; il n'est pas question de dépouiller ceux ou celles qui ont travaillé toutes leurs vies pour bâtir des patrimoines (quelle que soit la taille de ce qui a été acquis), ou entreprises pour leurs héritiers ou héritières, tout comme il n'est pas question d'enlever tous les droits sociaux pour appauvrir certaines couches au nom d'un ajustement naturel des choses. Mais il faut admettre d'un côté que les de tous les côtés, chacun tente de tirer la couverture, et - quelque part - nous ne pouvons pas vraiment en vouloir à celui ou celle qui le fait. La machine est enrayée, malade, viciée, rouillée. Soit tout le monde décide de la réparer, soit il faut la changer.

Il en est de même pour tous les points traditionnellement litigieux. Les luttes des partis se renouvellent peu, quelle est la légitimité de ces clichés ? Proposer une guerre de gangs, au lieu de rebâtir une cohésion d'ensemble, c'est ça la solution qui nous est soumise ?

Pour cela, il faudrait oublier ses égos, assumer ses erreurs et ses intentions initiales de quête du pouvoir, s'affranchir de ses contradictions et se poser autour d'une table tous ensemble pour discuter du bien-être du pays qu'on prétend vouloir mener à bon port. La dernière Union Sacrée date d'avant la Première Guerre Mondiale... Si personne bien évidemment ne souhaite qu'un tel évènement se reproduise, il serait néanmoins bon de rappeler aux politiques de réétudier leurs livres d'histoires...

Cynisme : qui appartient à une philosophie affectant de braver les convenances. (déf.

Dim. 20h00 – « (…) nous lui laissons le choix entre les deux possibilités suivantes : nous convaincre ou nous obéir » –