Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Nothing but… Laurence Guenoun, photographe & fondatrice de Plateform Mag

"Je ne m’intéresse absolument pas au marché de l’art. Ca me fait penser à la mode. Trop de vent. Trop de fric. Trop d’intérêts. Pas assez de passion. Ca ne me touche pas. Je n’adhère pas. Ca ne m’amuse pas. Ca manque d’humilité et souvent de dignité."

La première fois que j'ai vu Laurence, c'était au Starbuck d'Opéra. Nous y avions rendez-vous pour que je rencontre un artiste, découvrir ses peintures. C'était en 2010-2011, je ne me souviens plus exactement. Depuis, j'ai collaboré sur diverses choses avec Laurence : expo pour Greeen-Store, expo pour l'Association Neirie, BellevilloisePlateform Mag...
Laurence, c'est une fille qui est passionnée, au contact franc. C'est très agréable pour un caractère comme le mien, ça peut être déroutant pour d'autres je suppose. Nous deux, c'était immédiat. Les mêmes passions, les mêmes envies de faire connaître des coups de cœur. La même sur-activité aussi, admettons-le. J'admire l'ensemble de ce qu'elle arrive à soutenir, produire, générer. Il faut énormément d'énergie,  j'en sais quelque chose. Il y a aussi un truc dans sa manière de prendre en photo les gens... Il y a aussi un truc dans sa manière d'être. Ce truc, des gens qui n'ont aucune limite dans la réalisation de leurs rêves. J'aime.

Laurence, mais qui es tu ?
Une parisienne de naissance. Une hyperactive dans l’âme. Une passionnée. Je suis rentrée dans la vie active à 18 ans parallèlement à mes études (auxquelles j’ai rapidement mis un terme). Je suis passée par plein de boulots, toujours mené de front deux ou trois choses. Toujours autodidacte, je n’aime apprendre que sur le tas et ça me réussit plutôt bien. Ma passion pour l’image est une constante. J’ai commencé la photo en 88. J’en ai fait mon métier en 2006. Je vis aujourd’hui au Brésil, dans une ville dont je suis totalement amoureuse : Rio de Janeiro. J’en profite pour continuer des travaux que j’ai commencé : les entraînements de sports et aider des asso en terme d’images et visuels. Ceci dit, je n’aime pas parler de moi ou de mon travail. C’est ce que je fais de plus mal !

Nous nous sommes rencontrées via Cat Natt, belle rencontre d'ailleurs. Très belle. J'ai découvert Plateform Mag, un de tes très beaux bébés. Tu peux raconter un peu l'histoire de Plateform Mag ?
Depuis toujours, je suis entourée de gens qui créent avec beaucoup de talent (j’adore Cat Natt aussi quand elle écrit, quelle plume !). Je ne m’intéresse pas à la presse. Je n’achète pas de magazine. Quand j’en ouvre un, je m’ennuie. J’ai créé Plateform Magazine en novembre 2008 pour pouvoir accueillir et publier des jeunes talents, des coups de coeur, trouver de la diversité visuelle, mettre en place une plateforme d’expression et d’inspiration. L’idée d’un magazine « comme un mag papier » consultable en ligne, en français et en anglais était une évidence pour moi : le virtuel donc l’accessible à tous, la priorité à l’image avec une mise en page hyper sobre, peu de bla-bla avec des mini-interviews, les liens vers les sites de chaque personne publiée, mais avec des choses qui me plaisent dedans. Chercher autour de moi, au fil de rencontres, rechercher sur la toile, par le bouche à oreille, en restant toujours curieuse et aux aguets d’artistes potentiels à publier, fait partie de mon quotidien. Laisser ma carte de visite, envoyer un email quand je tombe sur un blog ou un site qui me plait, j’adore. Je me suis entourée d’une équipe géniale sans qui le mag ne pourrait pas voir le jour chaque début de mois dont Mathieu Drouet (photographe génial et ami) qui est le seul à m’avoir suivie depuis le début et à être toujours là 3 ans après. Une équipe de bénévoles qui a évolué et grandi au fil du temps. Parce que ce magazine ne vit que grâce à notre temps et à nos investissements personnels, nous serions tous très très heureux de trouver une régie pub qui pourrait nous accompagner. (j'aimerais aussi trouver des traducteurs pour une version portugaise !)

Les temps forts de Plateform Mag pour toi c'était quoi ? Les moments plus compliqués ?
Temps forts : le passage de la première année. Commencer un Mag, c’est facile. Tenir sur la longueur, c’est une autre paire de manches. Surtout lorsque que tu n’as que ta bonne humeur, ton énergie et ton optimisme pour faire avancer les choses. Passer le cap des 3 millions de vuesaussi. C’était chouette. Aujourd’hui, à chaque fois que nous recevons un e-mail de remerciement d’un artiste publié, on se dit que le jeu en vaut la chandelle, qu’on fait ça pour une bonne raison, qu’on se casse le cul tous les mois pour un beau projet. Savoir qu’on a 6000 lecteurs fidèles aussi. Les moments compliqués, c’est lorsque les délais ne sont pas respectés à un moment de la chaîne. Rien de grave. Il faut avancer pour sortir dans les temps.

Tu es aussi photographe, raconte un peu ton parcours aussi ?
Je me suis offert mon premier boitier à 18 ans, un Nikon F quelque chose. Et j’ai appris petit à petit, en tâtonnant, aidée et entourée d’amis photographes qui m’ont inspirée par leur travail, leur façon de travailler, leur humanité, leur joie de vivre et leur amour des autres. Il y a eu des années sans et un retour petit à petit avec l’apparition du numérique. J’ai d’abord mixé argentique / numérique. Et me suis jetée corps et porte monnaie dans le numérique en 2005 avec mon premier reflex 5D (à l’époque …). Depuis, je continue d’apprendre chaque jour et j’adore ça.

Les temps forts de ta carrière artistique ça donne quoi ? Des doutes parfois ? Ton premier appareil tu l'as eu quand ? c'était quoi ? quelle émotion ?
Un ami m’a proposé de faire une expo dans son resto (L’Aréa) en 2006. Ensuite les choses se sont enchaînées d’elles-mêmes. Je doute en permanence. Je me lasse de mes photos après les avoir faites. C’est les prendre qui me fait vibrer. Parfois, après un long temps de pause, je regarde des choses que j’ai faites et je me dis « tiens, c’était bien ça… ». Mais j’ai déjà envie d’en faire de nouvelles.

Tes influences artistiques au sens large (visuelles/audio etc), et/ou des artistes que tu admires ou que tu kiffes sa race ça donne quoi ?
Mes influences… Bosch. J’adorais Bosch étant toute gamine. Je pouvais regarder un bouquin de ses toiles des heures et me perdre dans les détails. J’aimais ce côté terriblement humain, oscillant entre le beau et le laid, la vie et la mort, la joie, le bonheur, le tortueux et l’obscur. J’ai toujours été trimballée dans des expos, les musées, beaucoup de livres d’art à la maison, un père et un beau père qui faisaient beaucoup de photos, bercée de musiques allant du classique au jazz, de la pop des années 70 aux musiques du monde, du rock et de la folk… Il y avait beaucoup de livres aussi. J’ai toujours énormément lu. Avec des passages d’un genre à l’autre. Au final, je me suis attachée aux artistes les plus « humains », ceux qui racontaient une histoire, ceux qui respectaient l’autre, ceux qui transmettaient une émotion, ceux qui avaient de l’empathie, ceux qui pouvaient dénoncer sans misérabilisme et sans voyeurisme, ceux qui me faisaient grandir et réfléchir… Je ne pouvais pas échapper à l’envie de créer et de partager un peu, moi aussi, à ma façon.

Aujourd'hui tu es loin loin Outre-Atlantique, mais à Paris t'étais une femme sacrément active. Une semaine à la Laurence ça donnait quoi ? Et maintenant au Brésil ?
A Paris, je ne voyais pas passer mes semaines. Photo, magazine, enfants (j’en ai trois…), ça donnait des journées remplies de 7h à minuit non stop. Aujourd’hui, à Rio, je crois que c’est pareil, avec toute la joie et la bonne humeur des brésiliens en plus. Une culture musicale dont je me suis toujours sentie proche. Si ce n’est que mes journées commencent à 6h et finissent à 1h et que j’ai rajouté du sport (Rio oblige!) à l’emploi du temps quotidien (MMA et Jiu Jitsu). Le week-end, je ne sais pas ce que c’est. C’est un concept qui m’est totalement étranger !!!

Laurence une fille passionnée, en dehors (ce qui est déjà bcp) de Plateform, et la vie de photographe, c'est quoi les autres passions de Laurence ?
La musique. Ha. La musique. J'adore chanter. J'adore danser aussi. Mais pas au point d'en faire mon métier. De toute façon, j'ai plus l'âge...

Quand tu étais petite, tu voulais devenir quoi, tu rêvais de devenir qui ?
Quand j’étais petite, je voulais devenir vétérinaire. Si, si. Et puis il y a eu les maths, la physique et la chimie. Là, j’ai compris que ce ne serait pas pour moi. Je ne me souviens pas d’avoir rêver devenir « quelqu’un », si ce n’est d’essayer d’être quelqu’un de bien. D’être heureuse. De vivre pleinement. De vivre « à fond ». Je crois y être arrivée. Mais j’ai encore du chemin, des années devant moi, et de quoi sera fait demain… Mystère.

Aujourd'hui l'univers artistique photographique, les tendances de l'art contemporain, de la mode, ça te semble aller dans quel sens ? Ton avis ?
Je ne m’intéresse absolument pas au marché de l’art. Ca me fait penser à la mode. Trop de vent. Trop de fric. Trop d’intérêts. Pas assez de passion. Ca ne me touche pas. Je n’adhère pas. Ca ne m’amuse pas. Ca manque d’humilité et souvent de dignité. Quand l’art a besoin de se justifier par des mots, je ne lis pas, et je ne regarde souvent même pas. Je fonctionne de façon très basique : j’aime, j’aime pas. Ca me touche ou ça ne me touche pas. En photo, le numérique a engendré une vague de photographes auto proclamés « artistes » ou « professionnels ». Je souris. Quand je reçois des photos d’un établis avec des planches de bois posées en vrac accompagnées d’un bla bla m’expliquant en une page la « démarche personnelle de l’artiste » qui vient de pondre sa dernière « instal » … Je ne sais plus quoi penser. Mon avis ? Putain, on n’est pas sorti de l’auberge !

Si tu avais un conseil à donner à des jeunes photographes qui rêvent de vivre de leur métier (sacrément dur) ça serait quoi ?
Vivre de la photo… il faut déjà avoir 1 – soit un sacré talent et une sacrée dose de pugnacité 2 – soit un sacré réseau relationnel capable de vendre un boulot parfois médiocre. La photo, c’est du travail, du travail, du travail, du travail et idéalement du talent (mais beaucoup d’appelés et peu d’élus…). Donc autant se faire plaisir avec sa passion et si, sur un malentendu, ça commence à marcher, s’accrocher aux wagons !

Une phrase pour conclure ? une devise ?
Si tu ne le fais pas, personne ne le fera à ta place…

Laurence Guenoun Official : www.laurenceguenoun.me
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An oversimplification of Her Beauty

July 26th, 2012. "Let me tell you a story. Life is painful, and then you die. The end." - Julien Levy