Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Nothing but... Super Cho, artistes de rue

"J'ai souvent entendu des gens surpris quand j'explique que je peux payer mon loyer avec mes chapeaux."

Kevin est l'ami de Mattis. J'ai rencontré Mattis en 2010 dans une des soirées Blacklist à Tokyo. Un mois après il débarquait chez moi en me présentant Kevin. 2 mois après nous festoyions gaiement à Berlin. Un an après, il débarquait à Paris, squattant joyeusement mon canap'. Si Mattis est clairement devenu un "frère d'adoption", Kevin est devenu un très bon pote, pour parler familièrement, qui surtout m'impressionne et me fait rêver à chaque fois qu'il jongle avec son co-pilote, Hadrien. Les deux sont des garçons géniaux. C'est Kevin qui se prête au jeu, avec quelques interventions d'Hadrien ci et là.

Mais d'abord, qui êtes vous ?
Qui nous sommes ? Nous sommes les Super Cho ! Le duo enflammé le plus décalé du coin ! Et le coin, finalement c'est partout. Les rues d'abord, mais depuis longtemps maintenant on essaye de faire monter cette rue sur scène, de montrer quelque chose qui change. Nous créons et jouons des spectacles de jonglerie enflammée et pyrotechnie depuis environ 7 ans maintenant, et depuis 4 ans avec cette optique : le décalage. Le décalage évident entre la manipulation du feu, l'élément qui fait tomber un spectacle dans du mystique et du sérieux sans qu'on ne prenne le temps de se demander vraiment pourquoi, et l'humour, le ridicule, le drôle. Manipuler les flammes en slip, au sens propre et figuré. C'est quoi le sens figuré de manipuler des flammes en slip ? Ben venez voir !

Rappelle-nous votre genèse ?
Le duo s'est formé en été 2005, et s'est très vite lancé, pas froid aux yeux les super héros ! Après 2 mois de pratique on allait déjà taper aux portes des boites de nuit les plus prestigieuses ou les évènements des 4 coins de l'hexagone pour montrer ce qu'on savait faire ! Bon à l'époque ce n'était pas super cho, on a changé de formation et de structure moultes fois avant de vraiment se trouver dans cet univers à paillettes. Super Cho comme ça existe maintenant ça doit faire 3 ans environ, mais dans un sens toutes les autres étapes ont vraiment été des écoles à héros.

Depuis notre dernière interview, vous avez fait du chemin, ça a donné quoi depuis 2 ans, depuis le Super Show ? 
Depuis le Super Show il y a eu du chemin en effet ! On a continué à affiner le spectacle et on a diversifié un peu nos produits. Rien de révolutionnaire dans la version duo, qui nous a énormément fait tourner les années précédentes, mais les grosses évolutions sont nos 2 nouveaux produits, à savoir : le spectacle solo de Kev' qui cartonne à fond, et une version trio avec Alex, le gagnant d'incroyable talent 2008, ce qui peut ouvrir la troupe à une clientèle plus luxe. Nous avons fait nos début en Suisse avec ce spectacle, où nous avons reçu un excellent accueil.

L'été s'annonce comment ? 
L'été s'annonce chargé !! Riche en rencontres, en émotion, en voyages, et en création. Kev' a un gros projet en cours qui porte déjà ses fruits avant même d'être terminé. Il y a une énorme clientèle derrière qui lui fait déjà confiance donc tout s'enchaine à vitesse grand V c'est super excitant! Là, il y a eu un mois aux USA, et ça enchaine avec l'Angleterre, la Russie, l'Ukraine et l'Australie ! Sans parler de la France et la Belgique bien sur !

Pour vous c'est quoi l'esprit de l'art de la rue ? Comment le définissez-vous ? 
Essayer de vraiment définir l'art de rue c'est extrêmement laborieux. D'une part parce que pour ceux qui le pratiquent vraiment c'est tout un univers à part, tellement complet et varié qu'à essayer de l'expliquer on a peur de ne pas lui faire honneur. D'en oublier. De ne pas trouver les bons mots. Et aussi parce que l'art de rue comme nous le pratiquons ce n'est qu'une facette de la rue, d'autres auront d'autres choses à dire. Ceci étant dit on peut essayer ! L'art de rue pour nous, c'est vraiment le principe d'adapter une pratique artistique à un public de rue. Et non pas prendre son spectacle, et pouf aller le jouer dans la rue. La rue demande une esthétique bien à elle, elle a ses codes et ses coutumes, et il faut s'y plier, s'adapter à ça. Aller chercher un public qui n'en est pas un, ou plutôt, faire de quelques passants un public attentif. Tellement attentif qu'il va même donner de l'argent. Et beaucoup ! Parce que oui la rue pour nous, c'est aussi une énorme source de revenu. Il faut savoir qu'avec un spectacle de rue bien ficelé, on peut vivre très bien de son art !

Ca vous apporte quoi en plus par rapport à un quotidien "normal", si je puis m'exprimer ainsi ?
Ce que ça apporte ? Tellement de chose ! Un revenu, comme je le dis au dessus. La satisfaction de faire bien quelque chose. L'adrénaline de la scène. Toutes ces choses se font en direct en plus ! . Ce lacher prise total. Ca parait très abstrait mais ceux qui ont déjà fait un spectacle comprendront certainement. C'est une sorte d'état second. On passe du petit stress de ne pas encore savoir si on va y arriver, au début. A une zone de confort dès que le cercle se forme et qu'on est plus ancré dans son personnage. A un état de toute puissance pendant un spectacle ou une nuée d'inconnus est prête à laisser passer n'importe quoi que fera cet homme en slip, parce que la relation artiste-public c'est une relation de confiance incroyable. On peut leur faire faire n'importe quoi ! Ca fait partie du show alors c'est accepté. Ensuite vient ce moment ou le final est proche et il faut, avouons le, rentrer dans une légère manipulation pour faire payer (d'ailleurs cette manipulation est présente depuis le début). Puis la récompense, le chapeau, la paye, en argent certes, qui va venir un peu chiffrer ta performance, mais il y a plus que ça derrière une foule souriante qui se bouscule pour te féliciter et te payer, c'est vraiment gratifiant. On a donc une sorte de carrière vécue en 30 minutes.

L'univers des artistes de rue, ça donne quoi ?
Qui on croise? Pas mal d'arrachos ! Des mecs sympas. Des abrutis. Des salauds. Des pros. Des empotés. Les mêmes que dans la vraie vie finalement. La grosse différence c'est qu'on comprend plus vite les schémas ; en très peu de temps on sait à quel type de personne on a affaire, parce qu'on a déjà croisé le même hier. Ou le jour d'avant.

Un super souvenir ?
Il y a beaucoup des supers souvenirs ! Les fois où on a voyagé grâce au spectacle, je pense par exemple à cette semaine au Yémen pour jouer devant un public très éloigné de notre culture ! Ils ont adoré, mais de la façon qu'on adore là-bas. On adore vraiment, franchement, bruyamment, on a les yeux qui crient bravo encore plus fort que notre lèvres et les lèvres sont déjà à quelques décibels pas timides! Sinon y'a eu le Super Show, ou comment 2 mecs en slip sans moyens ont rameuté 1000 personnes pour venir les voir eux et leurs potes toute une soirée, gratos. Un succès !

Un truc moins bien ?
Il y a aussi des trucs moins bien c'est vrai ! Les petits accidents parfois, crâne ouvert, main brûlée au 2e degré. Mais bon ça arrive. Il y a la frustration d'arriver avec sa motivation mais de ne pas pouvoir jouer parce qu'il pleut, parce que la police ne veut pas, parce qu'il y a déjà trop d'artistes. Il y a les premières fois, ou tu essayes un nouveau spectacle et tu prends un bide.

Une semaine des Super Cho ça ressemble à quoi ? Une semaine Super Cho si on fait une moyenne ça doit être une semaine normale. Parce qu'il y a de la semaine à la cool où on en fout pas une. Mais y'en a d'autres ou on n'a pas le temps de n'avoir que 24h par jour. En ce moment c'est voyages sur voyages pour jouer partout, avec des clients à gérer en même temps et des minis campagnes de com' avec plusieurs agence qui demandent des choses, puis les nouveaux projets en création avec d'autres artistes ! Donc la période estivale, oui, ça carbure ! Et c'est génial !

Quels regards portent les gens sur l'art de rue, selon vous ?
Honnêtement je ne suis pas sûr de ce que les gens pensent de l'art de rue. Je n'en ai eu que des bons retours, et particulièrement juste après avoir montré mon spectacle. Après c'est vrai que l'idée que s'en font les gens est peut être erronée. J'ai souvent entendu des gens surpris quand j'explique que je peux payer mon loyer avec mes chapeaux. Ou surpris que je n'ai pas à aller chercher mes pièces dans mon public pendant mon show, mais que c'est le public qui vient vers moi. Qu'on appelle ça faire la manche me parait étrange parfois, il y a un gouffre entre le type qui vient te demander une pièce, et moi qui propose un spectacle de qualité à prix libre. Tout ceux qui se sont un peu intéressés à mon monde, parmi mes amis ou même des gens que j'ai rencontré ont été agréablement surpris.

Un rêve, une devise tous les matins ?
Chaque jour change, chaque situation diffère, et là j'aime penser qu'à chaque seconde de ma vie pourrait correspondre une devise différente, alors je ne vais pas me résumer sur une ligne. J'ai plein de devises. Plein de phrases clefs. Ma meilleure phrase clefs c'est surement "bonjour", donc si toi aussi tu penses que c'est une bonne phrase clef ce sera peut être l'occasion de te raconter les autres ! Des rêves ? Je rêve de continuer à en avoir.

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August 5th, 2012