Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Berlinale 2013 - Camille Claudel par Bruno Dumont

Mercredi 13 Février – 15h00. Changement de lieu pour assister à la projection de Camille Claudel au Friedrischstadt Palast. Que dire si ce n’est que malgré le jeu impeccable de Juliette Binoche, qui accomplit indiscutablement une véritable performance, et la volonté de filmer de vrais handicapés mentaux pour peut-être intensifier le réalisme et  accroître le sentiment étouffant et de malaise, ça n’a malheureusement pas suffit à me maintenir éveillée durant les 97 minutes de Bruno Dumont.  Triste déception car je garde en mémoire le bon film éponyme de Bruno Nuytten avec Isabelle Adjani, qui certes ne parle pas de la même époque. L’action se déroule en quasi huis clos, bien après sa relation avec Rodin dans l’asile psychiatrique où Camille finit ses jours malgré son désir de retourner vivre parmi ses proches. Le spectateur est plongé dans l’environnement quotidien peu séduisant – euphémisme – de Camille qui, malgré ses délires paranoïaques, est totalement inadapté au regard des autres pensionnaires de l’établissement. Ce contraste évident accentue naturellement le malaise que nous pouvons ressentir, où la caméra se place très souvent en subjective, quand nous ne sommes pas en gros plans sur Juliette Binoche.

Je reste perplexe concernant la mise en scène de vrais handicapés au milieu des comédiens. Sans rentrer dans un débat de « ils ont le droit d’être des comédiens comme les autres », j’ai – à tort sans doute - ressenti un malaise de voyeurisme malsain, peut-être car confrontée parmi mes proches aussi à cette forme de handicap.  Si la caméra filme délibérément des scènes éprouvantes psychologiquement pour entrer dans la perception de Camille, j’ai du mal à placer le curseur entre le choix artistique – voire politique peut être – et dégoût réellement de ce qu’elle nomme des « créatures ». Ce qui tendrait à être émouvant dans une mise en scène de Dom Juan – et a d’ailleurs fait rire la salle – ne m’a pas convaincue. Mais je peux comprendre aussi un autre regard.

L’idée aurait été parfaite, si le rythme du film ne m’avait pas entrainée dans des assoupissements chroniques contre lesquels j’ai néanmoins luttés. Néanmoins le film est beau, les scènes sont filmées avec un chef opérateur qui a su incroyablement bien jouer avec les lumières intérieures et extérieures, vrai plaisir pour les yeux. L’étalonnage dense des intérieurs salons, cuisines, couloirs, est réellement abouti. Le montage est agréable, des beaux plans et enchaînements qui fonctionnent, ce malgré le bémol du rythme qui est probablement une volonté du réalisateur. La performance de filmer des handicapés mentaux est à souligner naturellement bien entendu.

La narration se rattrape dans les dernières minutes avec la scène qui rassemble Camille et son frère lors de sa visite au pensionnat qui est assez exceptionelle. Tout le drame se noue dans ces quelques minutes, où Juliette offre une palette de jeu sublime. Néanmoins cela ne suffit pas. Bref, un film jugé fort ennuyeux, ce qui est quelque part un gâchis si on prend en compte le travail des comédiens et de toute l'équipe technique qui a eux ont largement été à la hauteur d'un bel ouvrage.

November 21th, 2013 – Berlin, Paris, New-York, Marrakech, Ouarzazate, London.. and... Berlin.

Berlinale 2013 - Parde de Jafar Panahi