Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Nothing but… Alex Voyer, sound engineer & professional diver

“There is no silent world underwater, on the  contrary… it’s a place where acoustics are ever-present,  where sound propagates much faster than through air…”

Crédit photo : ©Ben Talku

Crédit photo : ©Ben Talku

Alex Voyer, un ovni dans le monde du son à Paris, naviguant entre son studio et ses plongées. Rencontre professionnelle initialement, j'ai  été rapidement intéressée par sa manière de vivre sa passion qu'est la plongée en apnée, fascinée par ses photos sous-marines (que je trouve magnifiques) et relativement en phase avec son détachement relatif vis-à-vis de l'univers audiovisuel dans lequel nous évoluons tous les deux.  

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Alex, qui es-tu ? Je suis Parisien, j'ai 35 ans, je mesure 1m78 et je passe la plus grande partie de mon temps à gérer un petit studio de post-prod-son, entre 2 voyages au bord de la mer... (NdlR : le studio, c'est Le Chant des Sirènes, allez-y c'est très bien). 

Nous nous sommes connus via le son, est-ce que c'est une passion ?  Le son, ce n'est pas vraiment une passion, contrairement à beaucoup d'amis ingénieurs du son, qui passent leur temps sur des forums, à se tenir au courant de toutes les nouveautés, à essayer de dénicher du matériel vintage... etc... Pour moi, aujourd'hui, c'est simplement mon boulot. Un job que j'aime, par les rencontres que je peux faire (réalisateurs, monteurs, comédiens, musiciens, producteurs...) et par la liberté qu'il m'apporte au quotidien en étant gérant de ma petite structure.

Comment en es-tu venu jusque là alors ? C'est quoi ton parcours initial  ? Je suis venu au son, car je faisais de la musique ado, pas mal de concerts amplifiés, quelques enregistrements, et les ingénieurs du son me fascinaient. J'ai fait des études dans l'audiovisuel, et je n'imaginais pas encore une seconde que quelques années plus tard, je mixerais des films ! Pendant ces études, j'ai fait des stages dans la société de production de pub Première Heure, complètement par hasard, j'ai appelé toutes les sociétés, inscrites dans « l'officiel de la musique » et c'est la seule où il restait de la place... Il se trouve que j'y suis resté pendant 3 ans, j'y ai rencontré beaucoup de réalisateurs et producteurs avec qui je travaille toujours aujourd'hui, c'était une super école ! Pendant ces 3 ans, j'ai fait beaucoup de sound-design pour les films produits par PH, c'était une vraie chance de pouvoir bosser avec de grands réalisateurs, sur de très gros budgets à 21 ans !

Crédit photo ci-dessus et ci-dessous de la fanfare : © JF Julian

Crédit photo ci-dessus et ci-dessous de la fanfare : © JF Julian

Effectivement énorme chance, et ensuite ?  J'ai  voulu voler de mes propres ailes et faire du sound-design, et ça tombait bien, un superbe studio (Studio Davout dans le 20ème) spécialisé dans l'enregistrement de musique voulait développer cette activité, j'avais donc un studio à dispo chez eux !! Le rêve de plus d'un ingénieur du son, mais malheureusement dans la publicité, on ne se déplace pas jusqu'à la porte de Montreuil.... On m'a vite proposé à nouveau de faire de la « prod-son », et j 'ai monté une première société : « La Boite à Musique » avec Adrien Blamont, ça a été une belle aventure qui a duré 5 ans, nos chemins se sont naturellement écartés, et j'ai monté « Le chant des Sirenes », il y a maintenant presque 4 ans.

C'est  d'ailleurs là, que nous nous sommes rencontrés, alors que je venais faire une séance son pour Les Télécréateurs.., ton métier a changé avec ce studio ou pas du tout ? Je fais toujours de la prod-son, mais de plus en plus de location de studio, où je ne gère plus que les mix et les enregistrements. Je continue à faire de la prod-son pour des publicités, mais de moins en moins, car je suis très connecté aux boites de prod et, aujourd'hui, le son est quasi entièrement géré par les agences. Donc un peu moins de pub, mais beaucoup plus de documentaires, et depuis 3 ans pas mal de dessins-animés !

Qu’est ce qui te plaît dans le son, par rapport à d’autres supports par exemple ? Comme je le disais, je ne suis pas vraiment un amoureux du son, la musique a toujours une place importante dans ma vie, mais ma vie ne tourne pas autour de la musique, du studio ou des enregistrements. Mais ce qui me plait particulièrement dans le son à l'image c'est le pouvoir que peuvent avoir une musique, une voix ou simplement quelques bruitages sur un film et lui donner une toute autre dimension ! A ce titre j'adore effectuer des recherches de musique, une même séquence va alors procurer des sensations vraiment différentes selon les musiques qu'on lui colle. Malheureusement le son arrive toujours en fin de prod, et on a rarement le temps et le budget pour s'en préoccuper comme on devrait.

Tu es aussi musicien ? Je suis musicien, version très amateur, je joue depuis que j'ai 14 ans, et j'ai toujours joué dans des formations qui tournaient. J'ai commencé par la guitare basse, puis, en parallèle, je me suis mis au trombone, et ensuite au soubassophone (faites une recherche google, si vous ne voyez pas à quoi ça ressemble). Aujourd'hui je joue donc dans une fanfare - Les Talku  - (dite des beaux-arts) issue d'un atelier de l'école d'architecture de Paris La Seine. On se produit régulièrement, vous pouvez nous croiser dans la rue, à côté d'un comptoir ou encore sur un festival de musique...

Des moments forts côté son, des collaborations ? Des rencontres ? Des moments forts lorsque je bosse longtemps sur un projet, (pourtant je n'aime pas rester plus d'une semaine sur le même projet, c'est certainement une des raisons pour lesquelles j'aime toujours bien travailler sur des publicités). Depuis 2 ans, je travaille sur une série de dessins animés (« silex in the city » diffusés sur Arte) , les réalisateurs et le dessinateur sont top, on a vraiment appris à bien se connaître... Il y a plein d'invités surprenants qui viennent poser leurs voix, je me suis retrouvé à enregistrer Philippe Candeloro, Amelie Nothomb, HPG, Boris Cyrulnik, José Bové, le Juge Halphen et Bernard Pivot dans la même semaine... Dans les anecdotes people sur-réalistes, chez PH, je me suis retrouvé pendant 10 minutes tout seul dans une toute petite pièce de moins de 5m2 à enregistrer John Malkovitch....trés étrange comme sensation. Il y a aussi Tran Anh Hung débarquant à 9h du matin chez moi pour enregistrer des sons de nouilles broyées dans un saladier pour une publicité...

La frontière vie privée-vie professionnelle, tu la vis comment dans ces cas-là ? Niveau rencontres, j'ai toujours séparé ma vie professionnelle et ma vie privée, je ne suis jamais allé à aucune fête d'agence, de prod, je vais très rarement aux projections.... J'ai très peu de liens avec les gens avec qui je travaille, j'y ai peu d'amis, c'est un choix. Je noterais juste une exception pour une superbe collaboration pour un mixage d'un 90 minutes sur la plongée en apnée (ma vraie passion...) qui m'a pris énormément de temps, un « petit » projet au niveau budget, mais une superbe aventure, je suis resté très proche du réalisateur, nous nous croisons souvent et plongeons régulièrement ensemble !

Le métier d’ingénieur du  son pour  les novices, tu conseillerais quoi ? Si c'est une passion, alors, la garder comme telle, et ne pas forcement vouloir en vivre... Les écoles d'audiovisuelle mettent beaucoup trop de gens sur le marché du travail tous les ans... Le marché du disque a complètement changé, les techniques et le matériel a aussi beaucoup changé et s'est énormément démocratisé, de gros studios mettent la clef sous la porte, beaucoup d'ingé-sons qui ont une grosse expérience se retrouvent dans des situations qui ne font pas rêver... Donc, montez votre studio dans votre cave et faites vous plaisir en enregistrant ce qu'il vous plait le soir et le week-end !!! Personnellement, j'ai toujours eu énormément de chance dans mon parcours, beaucoup de gens m'ont très rapidement fait confiance, et j'ai pu avancer très rapidement...  J'ai aujourd'hui des clients qui continuent à me faire confiance, mais je garde à l'esprit que ce n'est pas simple de se faire une place dans ce milieu.

On en vient enfin à ta passion qu'est  la plongée. Depuis quand pratiques-tu ce sport, et sous quelle forme ? Effectivement, je pratique la plongée en apnée depuis 7 ans dans des clubs, je suis maintenant moniteur depuis 4 ans, une passion pour la mer, les océans et leurs habitants qui date de ma plus tendre enfance que j'ai passé en Polynésie... Depuis toujours j'ai une panoplie palmes/masque/tuba qui m'a souvent accompagné dans mes voyages, puis un jour j'ai décidé de m'y mettre sérieusement, améliorer mes performances et apprendre les bases d'un vrai sport. J'ai donc trouvé un club sur Paris, dans lequel je m'entrainais une fois par semaine, aujourd'hui je suis inscrit dans 4 clubs et je suis à l'eau environ 4 fois par semaine :-) L'eau est un élément dans lequel je me sens profondément bien. Je suis heureux partout dans l'eau, des barrières de corail sous les tropiques à l'eau de la Seine je trouve mon bonheur vraiment partout !

Crédit photo : ©Alex Roubaud

Crédit photo : ©Alex Roubaud

Peux tu nous parler de tes plus beaux souvenirs de plongée ? Depuis quelques années, mes voyages s'orientent vers de nouveaux fonds à découvrir. Comme pour beaucoup de plongeurs, le but est de trouver des endroits où peu de monde est allé, et où il y a a des animaux peu observés à aller voir. Mes souvenirs les plus spectaculaires sont certainement un trip d'un mois en voilier en Antarctique pour y voire la faune (baleines, phoques, manchots, orques....) se nourrir au printemps avant la formation de la banquise et aussi une expédition pour aller nager hors des cages avec des grands requins blancs dans le pacifique sud. Mais je prend toujours autant de plaisir à me mettre à l'eau tous les ans dans « mon petit jardin aquatique », dans le Var et voir les mêmes poissons qui grandissent petit à petit, de nouveaux apparaître, ou d'autres déserter les lieux... (NdlR : si vous souhaitez voir les très jolis clichés sous-marins d'Alex, vous pouvez vous abonner à son Tumblr : Fish of Ze Day)

Des moments peut-être où tu as pu avoir peur aussi malgré tout ? Paradoxalement, je n'ai jamais eu vraiment peur en présence de gros animaux, je suis plus inquiet lorsque je ne vois rien à 2m, lorsqu'il y a une très mauvaise visibilité, même dans des endroits ou il n'y a absolument aucune crainte à avoir. Je pense que c'est le syndrome « dents de la mer », qui provoque cette peur.

D’après toi, entre le son et le fait d’être en apnée au fond des mers/océans, un lien invisible qui lie les deux univers ? Sous l'eau ce n'est pas le monde du silence, bien au contraire.... Le son est très présent, s'y propage beaucoup plus vite que dans l'air, certains animaux s'en servent énormément pour se localiser, pour échanger voir même simplement pour chanter.... C'est donc un univers de bruits, mais perçus différemment, surtout en apnée, on y est très sensible, on est dans une sorte de cocon, concentré sur des sensations et sur les éléments qui nous entourent C'est au niveau des sensations qu'il y a peut être un lien qui pourrait lier l'écoute musicale et la plongée, ce sont des plaisirs très personnels, les sensations que vont nous procurer une musique ou une plongée en apnée sont des choses qu'on a beaucoup de mal à décrire et à partager.

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Qu’est ce qui t’inspire de manière générale ? Des artistes, des plongeurs, des personnalités ? Je ne suis pas très fan-club ou star system. Evidemment j'ai beaucoup d'admiration pour les athlètes qui arrivent à repousser des limites qu'on pensait souvent physiologiquement infranchissables (en apnée). Passer du temps sous l'eau, m'a aussi montré à quel point l'écosystème marin peut être fragile, et à quel point il était important de s'en préoccuper, donc aujourd'hui je suis aussi fasciné par les personnes qui vont se consacrer à cette cause écologique.

Quand t’étais petit, tu rêvais de devenir quoi ? de quoi ? Ma maman, ma dit dernièrement que quand j'étais petit je voulais devenir pêcheur de bonites (NdlR : le poisson ci-dessus).... Il parait que je rêvais devantles bonitiers (bateaux qui pêchent les bonites) qui rentraient au port avec tous ces beaux poissons sur le pont...aujourd'hui, je préfère les observer sous l'eau, donc petit à petit, je renoue avec mes premières passions !

Une phrase, une devise, des mots...  pour conclure ? « Seuls les poissons morts nagent dans le sens du courant... »

Crédit photo : ©Fred Buyle/Nektos

Crédit photo : ©Fred Buyle/Nektos

Official Website : Le Chant des SirènesTumblr – Photography Page : Fish of Ze Day

Nothing but... Anu Pennanen & Stéphane Querrec, filmmakers and visual artists.

Le son du jour.... Tom Zé "Angusta, Angelica E Consolaçao"