Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Nothing but... Selim Mouhoubi, producteur multi-facettes

 "Les moments les plus forts que je vis, c'est actuellement en qualité de producteur, j'ai vraiment l’impression que mes prod' sont mes bébés, que nous construisons et grandissons ensemble."

La première fois que j'ai rencontré Selim, c'était à un concert à Bastille. Peut-être une intuition de producteurs, son énergie m'a assez instantanément emballée. Il fait partie de ces jeunes "idéalistes de l'art" qui enfoncent les portes pour pouvoir faire connaître des talents dans lesquels il croit. Un mec "over-bien" que je vous présente ici. 

Selim, qui es-tu ?  Je suis né à Saint-Denis dans le 93, il y a plus de 30 ans. J'ai commencé ma formation dans une école du spectacle étant gamin, puis j'ai travaillé un bon nombre d'années en tant que comédien. Après avoir tourné une vingtaine de films, j'ai traversé une période plus difficile aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan personnel. J'ai donc cherché à me reconvertir. Après un passage de ma vie où j'ai fait toutes sortes de jobs, je suis revenu aux sources en intégrant une équipe de production de spectacle vivant chez M6.

Aujourd’hui, tu es producteur, peux-tu nous en dire plus sur les artistes que tu produis, et surtout qu’est-ce qui a fait que tu as eu envie de les produire ?  Il y a aujourd'hui 3 projets dont je m'occupe, tous d'abord Lanes un groupe Electro-pop-rock que j'ai signé il y a quelques mois après avoir assisté à un de leurs concerts au pont du Gard. C'est un groupe très prometteur avec une énergie folle sur scène, je vous garantis que vous allez entendre parler d'eux très prochainement. Ensuite, j'ai un projet pour enfant « Leo et Biscotte » que j'ai complètement imaginé moi-même avec des personnages d'animation qui sont en train de prendre vie en 3D en ce moment même. C'est très intéressant de bosser sur ce genre de projet qui te permet une latitude en terme de créativité qui ne connait pas de limite. Et pour finir, Corson un artiste de pop symphonique plein de talent, je l'avais découvert à un concert dont il faisait la première partie et je suis tout de suite tombé sous le charme de son univers très profond. C'est d'ailleurs autour de ce premier projet que j'ai monté ma boite, c'est dire si l'envie était forte de collaborer avec lui. Il semblerait que je ne sois pas le seul à être sensible à son talent, car j'ai signé un contrat de licence chez Universal pour cet artiste et une co-production avec Drouot Production pour les concert … Et oui ! Rien que ça ...

L'actualité de Corson, ça donne quoi d'ailleurs ? Nous sommes en train de travailler sur le deuxième single The Rainbow qui devrait rentrer en radio ces prochaines semaines. En parallèle nous allons travailler sur des dates de concerts avec mon nouveau partenaire. Je sais que beaucoup de ces fans attendent aussi la sortie de l'album, je peux aujourd’hui vous faire une annonce qui sonnera comme un scoop :  2014 sera une grande année pour Corson, j'en fait la promesse.

Et Lanes ? Concernant Lanes, nous venons de sortir le clip du premier single All Checks Done. Après avoir fait 22 000 vues en à peine 10 jours Youtube à retiré la vidéo sans aucune raison valable. Nous avons perdu beaucoup de temps et d’énergie à vouloir rétablir ce problème en vain car YouTube est une forteresse complètement étanche. Nous allons reprendre la communication à partir de janvier, afin d'éviter l'encombrement des fêtes sur les radios. Surtout que notre projet est en anglais, pour ceux qui connaissent notre problème, bien français, des quotas....

Revenons un peu sur ton parcours plus que riche.  Vivre autant d’expériences variées jeune, ça fait quoi ? Ca a des bons et des mauvais côtés, les bons c'est que tu as très vite un sens de la débrouille et une vision assez juste du monde dans lequel tu évolues quand comme moi tu démarres ton parcours très jeune. Les mauvais c'est qu'à un moment tu peux penser que tout t'est acquis et que tu es plus intelligent que les autres, car tu as une certaine forme de réussite. En gros choper la grosse tête. C'est ce qui m'est arrivé à l'adolescence, mais ça n'a pas duré très longtemps heureusement.

Des temps forts dans ta carrière ? D'autres plus durs peut être aussi, comme tu as pu l'évoquer plus haut ? J'ai eu de grands moments quand j'étais gamin à partir sur des tournages pendant des semaines en province, ça avait un côté colo. J'en garde des souvenirs mémorables. Mais les moments les plus forts que je vis, c'est actuellement en qualité de producteur, j'ai vraiment l’impression que mes prod' sont mes bébés, que nous construisons et grandissons ensemble. Pour vous donner un exemple concret, la première fois que j'ai lu un article sur Corson j'ai été ému aux larmes, comme un père qui voit son enfant faire du vélo pour la première fois. On a l’impression que c'est gros comme ça, mais je vous promets que c'est vrai !!! Le moment le plus dur de ma carrière, c'est ma séparation après 3 ans de bons et loyaux service comme directeur de production, avec mon ancien patron, une personne connue dont je tairais le nom. Nous nous connaissions depuis des années et ça ne l'a pas empêché de me trahir, ce qui en dit long sur les rapports entre les gens dans ce métier. Mais cette affaire m'a fait grandir et au final j'en tire une expérience positive.

La musique pour toi c’est une passion, un souffle, ou est-ce le monde du spectacle en général ? La production est un "truc dans tes tripes" quand on te lit, c'est ça ?  J'ai toujours aimé la musique c'est une de mes passions. Néanmoins, même si aujourd'hui mes projets sont essentiellement musicaux, je me considère comme un producteur au sens large du terme. J'aimerais beaucoup produire un spectacle musical, un comique et pourquoi pas un jour un film. Bref ! Je n'ai pas de limite, si ça me plait et que j'en ai les moyens, je fonce. Je suis un producteur à l'ancienne comme l'ont été avant moi des mecs comme Louvin ou Lederman. Je ne me compare pas à eux loin de là, mais ce sont pour moi des exemples de réussite en tout cas.

Cela prend une grande partie de ta vie, l’autre partie tu fais quoi ? Je fais du sport, même si ça ne ce voit pas trop, et  j'ai une famille qui est très présente aussi. Je vis en colocation à 6, donc nous allons régulièrement aux expos peinture ou aux concerts. Le seul moment où je m'ennuie c'est quand je dors.

Tu as une double culture, quelles sont pour toi les différences d’approches du milieu artistique pour tes deux cultures ? Ma culture Kabyle est très peu présente mis à part ma mère qui écoutait beaucoup de musiques de cette région quand nous étions petits. Alors pour être honnête je ne ressens pas de différence dans mon approche du milieu artistique. Le seul moment où je ressens mes origines par rapport à la musique, c'est quand une personne me demande ce que je fais dans la vie et que je réponds que je suis producteur. Il est très fréquent que mon interlocuteur réplique : «  Tu fais du rap ou du raï ? » Non je fais de la pop, connard !!!

Comment vois-tu le monde de la musique aujourd’hui, les évolutions, les tendances, ainsi que le monde des spectacles musicaux ? Que ça soit en France ou à l’international ? Le monde de la musique ne va pas très bien, c'est vrai. Ma génération de producteur ramasse un peu les miettes de la belle époque, mais n'ayant connu que ça, on s'en contente. Je pense qu'il faut vraiment que les gens comprennent que télécharger illégalement une œuvre c'est du vol. Je sais qu'il y a beaucoup de jeunes qui n'ont pas vraiment les moyens de se payer de la musique, mais il y a maintenant de très bons sites comme Deezer ou Spotify où tu peux avoir un max de contenu en toute légalité et au moins les artistes ou les producteurs comme moi, sont rétribués. Mais je suis assez optimiste pour l'avenir, l'abonnement mensuel c'est l'avenir du marché de la musique. Concernant les spectacles musicaux, j'ai beaucoup d'idées, fort de mes expériences à l'étranger sur de très gros projets. Il y a des marchés émergeants comme la Corée du Sud, Taïwan et bien sûr la Chine. Mais les productions françaises ont des spectacles à la logistique trop lourde et difficilement exportables. Quand nous aurons compris que c'est principalement la musique qui fait une comédie musicale, nous gagnerons des marchés. Les Anglo-saxons ont des scénographies très légères et du coup s'ouvrent les portes de l'international au sens large du terme  : c'est-à-dire en incluant des petits pays comme les Pays Scandinaves ou les pays de l'est de l’Europe. Laisse-moi le temps d'arriver sur ce terrain et tu auras la démonstration que nous somme capables d'en faire autant.

A tous les jeunes là qui aimeraient se lancer soit dans le spectacle musical, soit dans la musique, la production, tu donnerais quoi comme conseil ? Accrochez-vous, il ne faut rien lâcher ! C'est un dur métier, mais tellement passionnant.

Quand t’étais enfant, tu rêvais de devenir quoi ? D’être quoi ? Tout petit je voulais être cordonnier, allez savoir pourquoi... Puis je suis rentré a l'école du spectacle à 10 ans et j'ai ensuite su que c'était ma voie.

Une phrase des mots pour conclure qui sont un peu ta guideline ? J'ai trouvé une expression qui date de y'a pas si longtemps : « Je ne réussis pas tout ce que j'entreprends, mais j'entreprends ma réussite ». C'est long, c'est compliqué, semé d'embuches, mais je ne perds jamais de vue mon objectif et je suis sûr que je l'atteindrai un jour.

Official Website - Corson  : Corson
Official Website - Lanes : Facebook Lanes

Nothing but... Clément Lazarus, jeune médecin & engagé politique

December 2nd, 2013 – Me, Me and you.