Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Nothing but Mohamed Gastli, producteur chez Abeille Musique, directeur artistique de Bee Jazz & Bee Pop

 "Ce qui fait le déclic, c'est de rencontrer un artiste qui, avec sa musique, vous laisse penser qu'il pourra créer pendant toute sa vie."

Hello Mohamed, peux tu nous dire qui tu es, ton parcours, et ce que tu fais aujourd’hui ? Je suis d'abord tunisien et fier de l'être, arrivé en France en 2000, Toulouse, Reims et à Paris depuis 2003. Je suis ingénieur chimiste, je n'ai pas trop apprécié les jobs qui m'ont été proposé. J'ai décidé de faire un master en Business & Marketing et j'ai forcé un peu le destin pour entrer en 2005 dans l'industrie musicale. J'ai tout d'abord monté le département export de la société Abeille Musique puis j'ai repris la direction artistique & label management du label BEE JAZZ et depuis 2 ans sa soeur BEE POP.

Nous nous sommes croisés à l’anniversaire d’Hédia Charni, il y a plus d’un an et demi. Peux-tu nous parler un peu plus de ton label, de tes activités professionnelles ?BEE JAZZ c'est un label de jazz mais pas que. Les fondements sont jazz, mais il y a des albums qui sonnent electro, pop, manouche, chanson française et même de musique classique. Ce sont les artistes qui font l'identité du label, et j'ai toujours voulu créer une famille musicale, faire des rencontres entre artistes du label. La sélection est en effet assez dure, ils doivent être d'excellents musiciens, un identité assez forte et autonome dans la création artistique. Le pari du label maintenant c'est devenir international. On a un bon réseau de distribution export. Ca commence avec des artistes comme Rusconi (Suisses Allemands), Jan Lundgren (Suèdois), Shahin Novrasli(Azerbaidjan), Fred Hersch (US). BEE JAZZ c'est aussi Guillaume de Chassy, Magic Malik, Manu Codjia, Jozef Dumoulin, Jerome Sabbagh, Nelson Veras etc... Mon activité est donc de faire vivre un label, les nouveautés et aussi les sorties plus anciennes (back catalog), repérer des artistes, gérer la distribution, le marketing, la communication etc... vendre la musique en gros. Il y aussi BEE POP crée en 2011 avec Simon Dalmais (frère de Camille) brillant compositeur et une nouvelle signature superbe venue de Toronto (CAN), Chloe Charles,  qui ne va pas passer inaperçue, je pense à partir de ce mois de Janvier 2014.

Des actualités de tes artistes à nous communiquer d’ailleurs ? Chloe Charles,le 25 janvier au Sunset/Sunside à Paris. Macha Gharibian, qui était le 10 janvier au Studio de l'Ermitage. Shahin Novrasli, prodige du piano au Duc des Lombards, le 8 février. Soirée « Piano Solo » au Café de le Danse avec Alexandre Saada et Guillaume de Chassy le 23 janvier 2014 Tout l'agenda ici: http://www.beejazz.com/concerts/

Qu’est qui a fait le déclic qui fait que tu as soudain envie de les développer ? Ce qui fait le déclic, c'est de rencontrer un artiste qui, avec sa musique, vous laisse penser qu'il pourra créer pendant toute sa vie. Je cherche toujours quelque chose d'unique, d'original, surprenant.

Des temps forts au niveau professionnel que tu as pu vivre ? Des moments plus durs ? Une après-midi en studio avec Daniel Darc (RIP) sur le projet Around Robert Wyatt de l'Orchestre National de Jazz/Daniel Yvinec, qui a été un très gros succès sur pas mal de territoires. Entendre Robert Wyatt au téléphone c'est quelque chose aussi. Rentrer en studio avec Magic Malik qui en 4 jours compose un album entier de A à Z. Ca donne l'album Tranz Denied, une pépite. Chloé Charles qui fait sold out son premier concert en France début décembre parce qu'André Manoukian a adoré l'album et en à parlé le matin même. On a eu des gens qui sont montés spécialement de Toulouse en voiture. Dans un cadre associatif, juste après la Révolution Tunisienne le 14 janvier 2011, je décide en 1 semaine, épaulé par l'Association Action Tunisienne, de produire le 30 janvier 2011, un Elysée Montmartre avec Idir, Dhaffer Youssef, Kamilia Jubran, Duoud etc... C'était un très gros pari financier, superbe aventure, concert sold out, tous les benéfices ont été reversées au Croissant Rouge Tunisien. Les moments plus dur c'est en ce moment : la baisse du business, le physique qui s'écroule et le digital qui peine à décoller.

Le Jazz n’est pas l’industrie  la plus rémunératrice dans le monde de la musique. Amoureux du jazz depuis quand ? Tes premiers coups de cœur musicaux dans le jazz ? Une époque de prédilection ? Amoureux de Jazz depuis l'âge de 16ans, j'y suis arrivé par le blues : BB King, Muddy Waters, Robert Johnson, John Lee Hooker etc... Après j'ai enchainé par Pat Metheny, Miles, Chet, Charlie Parker, Sydney Bechet et ainsi de suite... Aujourd'hui j'écoute beaucoup moins de Jazz, j'écoute plus de la folk, électro, hip-hop. Quand je veux écouter du Jazz, je sors en club, rue des Lombards et une fois par an dans les clubs à New York. Et à la maison je mets Chet Baker, Miles ou Billie Holiday.

A des néophytes tu conseillerais de commencer par quoi, s’ils veulent découvrir le jazz ?Brad Meldhau, le trio EST, Tigran, Magic Malik (69/96), le Groove Gang de Julien Lourau, Miles (Kind of Blue ou Tutu), Chet Baker

Est-ce que tu es toi même musicien ? Je joue de la guitare depuis le lycée, j'ai fait un an à l'American School of Paris, je sais un peu lire la musique et je sais quand ça joue ou chante faux. Je n'ai jamais été interessé à devenir musicien. Ce que j'aime plutôt c'est aider la carrière d'un artiste.

D’autres passions ? Fan de design, d'Art Contemporain, il y a pas mal d'oeuvres de photographes, peintres, plasticiens dans les artworks des albums (Hedi Slimane, Philippe Ramette, Bruce Nauman, Paul Bril etc...). J'aime enormèment travailler et brainstormer avec les bons graphistes. J'ai la chance de travailler depuis plusieurs annèes avec Jerome Witz(Agence element-s) qui est surement un des meilleurs en France, hyper créatif, rapide et qui n'a peur de rien. Mon autre passion est le web et le digital, je suis connecté très tôt depuis 1996/97. Je fais déjà pas mal de campagne web, community management, trafic, display etc... Un jour, j'irai complètement dans le web, et pourquoi pas monter une start-up, ce ne sont pas les idées qui manquent... :)

Tu as une double culture. Le monde de la musique en Tunisie et en France, quelle différences/ressemblances constates-tu ?  En Tunisie, il n'y a pas d'industrie musicale, ce n'est pas rentable, il y a énormément de piratage. Ca viendra dans quelques années. Il y a beaucoup de demandes des jeunes pour organiser la filière musicale, apprendre à enregistrer, monter un label, faire de la promo, le marketing etc.. J'ai fait quelques interventions dans des écoles de musique, mais il faut en faire plus et organiser et créer des formations professionnelles. Ces dernières années les jeunes montent de plus en plus des home studios, produisent des maquettes pour tourner. Un jour, j'aimerais beaucoup monter ou aider à monter un label à Tunis. Il y a une belle scène hip hop et electro. Le live par contre marche très bien : beaucoup de festivals, d'événements. Par exemple, Michael Jackson ce n'est pas en Europe que je l'ai vu, mais à Tunis en Octobre 1996. Donc à Tunis, les jeunes écoutent exactement ce qu'écoute un Parisien.

Michael Jackson en Tunisie 1996von MikiNewKid

Le monde de la musique devient très compliqué financièrement, tu es dans le milieu depuis un certain temps, qu’est-ce que tu constates comme évolution ? Tes sentiments pour l’avenir ? Oui le milieu est très dur. On a la chance en France d'avoir pas mal de subventions pour produire. Le label a aussi la chance d'être adosser à un Groupe Lyramediagroup (Abeille Musique + Qobuz). Nous sommes un petit label qui a des points morts entre 2000 et 5000 albums vendus.

A des jeunes qui aimeraient se lancer dans la même voie que toi, tu conseillerais quoi ? Etre exigeant sur tout: les prises, mix, mastering, la pochette, les vidéos, la promo etc... Commencer à produire avec des coûts très bas et augmenter petit à petit. Commencer par du crowdfunding. Ne pas produire ses potes.

Quand tu étais enfant tu rêvais de devenir quoi ? D’être quoi ? Devenir un joueur de basket, mais je n'ai pas assez persévéré. Travailler dans la musique, mission accomplie :) Et aussi travailler dans la science, la technique.  J'ai toujours été attiré par ça.

Une phrase, des mots qui t’accompagnent tous les jours, ou dans ta vie, pour conclure ?« Less is more ». Prendre du recul et essayer d'être créatif dans tout ce qu'on entreprend.

Official Websites : BEE JAZZBEE POP
Twitter : Mohamed Gastli - Bee Jazz

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