Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Berlinale 2014 - Historia del Miedo de Benjamín Naishtat

Historia-del-miedo-500
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Troisième projection, film argentin en compétition cette fois réalisé par Benjamin Naishat. La première impression à la sortie du Friedrichspalast c'est un énorme bâillement n'en déplaise aux critiques qui ont encensé le film. Non pas que le film soit mauvais, mais ayant appliqué mon principe de n'avoir rien lu sur l'oeuvre, et bien que j'aie - si nécessaire -  une pensée abstractionniste assez large, j'avoue que sans avoir lu un préambule introductif, on sort de la salle en ne comprenant rien (ou presque rien). Nous revoilà tombés dans le (faux) débat sempiternel du cinéma dit d'auteur et du cinéma dit "grand public". J'aime le cinéma d'auteur, j'aime aussi les performances vidéos artistiques, j'ai du mal avec les films où finalement, par moment soit on s'endort, soit on s'ennuie, soit on se demande pourquoi le film a décidé délibérément de noyer le spectateur dans une successions de tableaux où le lien demeure au final assez obscur (j'exagère un peu bien entendu). Mon premier réflexe a donc été d'ouvrir le livret de la Berlinale pour y lire le synopsis et quelques articles déjà parus, espérant y trouver quelques éclairages.... Au final ça ne m'apprend rien de plus que ce que j'avais déjà compris du film (problème de couches sociales, peur, crise etc..).

Néanmoins puisqu'il convient aussi d'apporter un regard constructif à une critique nécessairement subjective, les acteurs sont étonnants et leurs performances individuelles remarquables, particulièrement celle de Jonathan da Rosa (la photo en haut à gauche), dont le rôle presque muet, complexe, force le respect. La direction d’acteurs est difficilement contestable dans ce qu'ils dégagent en silence, leurs expressions, leurs mimiques, leurs regards aussi. On peut apprécier tout particulièrement les scènes où les acteurs sont filmés en gros plan et où il leur est demandé de mimer différentes émotions ou reproduire ce qu’ils ont pu voir sur d’autres visages.

Hormis cet aspect, le synopsis est décousu, à tel point qu’on a parfois du mal à comprendre le lien entre les différents tableaux ou protagonistes. Le travail de chef opérateur est assez brut – on aime ou on aime pas. Personnellement rien qui ne m’ait marqué si ce n’est un beau plan de fin où la vieille « Tatie » est accrochée à un lampadaire au milieu d’un parc privé en pleine nuit où soudain tout s’éclaire. Ça donne à ce plan une atmosphère absurde et qu’on pourrait presque qualifier de Hopperienne ou Magrittesque.

Le spectateur livré à lui même, dans cette non-narration explicite, doit recomposer un puzzle aux contours assez flous. Certes, ça peut être une manière de laisser une place à la suggestivité de chacun, ou tout simplement nous plonger dans une attente jamais comblée de : « Est ce qu’il va se passer quelque chose maintenant ? ».

La scène de fin qui rassemble les principaux protagonistes autour d’un dîner, où nous nous doutons qu’il s’agit du bouquet final ne résout pas pour autant l’énigme réalisatrice de ce projet. On s’ennuie (un peu comme les invités du film), on espère un mouvement surprenant… mais rien. Le malaise suggéré se ressent mollement face à l'impatiente envie que l'intrigue prenne un tournant qui pourrait captiver l'attention.

HISTORIA DEL MIEDO from BazarCine on Vimeo.

Bref, sans remettre en question la haute qualité sociale de ce film, son engagement et la critique qu’il sous-tend, en tant que spectatrice, je verrais plus ce film dans le cadre d’une exposition d'art contemporain - d'ailleurs le réalisateur a été résident au Studio National des Arts Contemporains en 2009 et 2011, ce n'est pas un hasard -  qu’un cinéma destiné grand public. J'y aurais accordé certainement plus de crédits mon regard ayant été pré-conditionné différemment. Je nuance toutefois en me disant que les Argentins doivent sans doute être beaucoup plus sensibles aux tranches de vie qu’a chroniquées le réalisateur que je ne puis l’être.

Conclusion : si vous voulez aller le voir, lisez avant les critiques et analyses, qui donneront sans aucun doute un éclairage intéressant à exploiter lorsque vous visionnerez le film. Mais si – comme moi – vous aimez garder un regard (assez) neutre avant de découvrir un film, n’y allez pas sauf si vous désirez être soumis à un exercice intellectuel peu innovant malgré tout , vous vous ennuierez ou au pire vous vous endormirez.

La critique de Grégory Coutaud pour Film Culte (lui a aimé le film) : cliquez ici. Celle de Boyd van Hoeij pour The Hollywood Reporter : cliquez ici.

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