Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Chronique d'un manque annoncé.

1908332_10152614803529416_5404630840305686791_nVoilà, cette journée se termine, enfin.Demain,  nous pourrons ouvrir un journal, ou parcourir les médias du web, sans tomber sur l'annonce officielle dont le top départ a été donné par Bruce Toussaint ce matin. L'impression d'un marathon où l'endurance psychologique a été autant mise à l'épreuve que le relatif réconfort de lire ou constater les très nombreuses manifestations qui se sont mobilisées pour te rendre hommage. Qu'elles soient distantes, formelles, émotives, silencieuses, passionnelles, amicales, intéressées aussi parfois (toujours dans ces cas là, nous le savons toi et moi) et j'en passe...

C'est toujours à double-tranchant les réseaux sociaux.  Il est agréable de lire certains textes magnifiques qui transpirent la sincérité, plus complexe les annonces officielles qui ne font que remuer la peine. C'est étonnant aussi les différentes manières d'exprimer sa douleur, parfois très démonstratives.  Tu aurais adoré analyser sociologiquement tous ces commentaires sur ton wall (que je n'ai que survolés...)  Ton profil Facebook est littéralement envahi. Toi qui avais décroché de ce média depuis quelques mois, étant méfiant, te sentant épié, tu dois bien rigoler.

Fort heureusement, mon activité professionnelle n'a laissé que peu d'espace aux vagues-à-l'âme...

Puis... Les mails cessent de s'enchaîner, les urgences sont réglées, je me suis posée sur ma méridienne, en contemplant les toitures, le ciel, la lumière. J'ai regardé mes plantes grandir. Le coucher de soleil était magnifique. Pas plus de d'habitude, car ici les couleurs sont chatoyantes en cette saison, plus apaisant. C'était fini. Cette agitation médiatique allait fort heureusement s'évanouir dans les jours à venir pour laisser place au deuil. Il y aura encore le grand rassemblement, puis après tu ne seras plus qu'un songe que chacun emportera avec lui.

Je n'avais jamais vécu le décès d'un proche très médiatique. C'était une sorte de première. Merci à toi de me faire vivre une expérience relativement étonnante. Je n'en suis pas friande. Même si dans le mouvement général, on publie, on rentre dans le collectif. C'est normal aussi, l'émulsion, le soutien.

J'ai pris beaucoup de plaisir à regarder les vieilles vidéos d'Actuel qui ont été diffusées ci et là. Nova a rassemblé tes proches à l'antenne. Philippe y a bien sûr contribué depuis son refuge marocain. Il a publié deux extraits géniaux. Ca a fait partie de mes rayons de soleil du jour, avec le post de Christian Perrot, que je ne connais pas. Smaël a été sobre, touchant. "Grâce" à toi, j'ai aussi - contre toute attente - retrouvé Fox, sur les réseaux. Ma note d'hier soir. Nos relations communes. Je n'imaginais pas une seule seconde Fox sur les plateformes sociales étant donné qu'à l'époque il n'avait  parfois jamais de téléphone portable.  Je l'imaginais allant encore à contre courant d'une société où - pour moi - il faisait déjà figure d'ovni. Une manière de me "consoler" , je vais pouvoir retourner fouiller dans ses archives peut-être...

Je n'ai toujours pas réussi à écrire ton prénom haut et fort, bien que je t'ai cité en off dans des discussions privées. Je recommence à respirer au fur et à mesure où la nuit s'installe, après une apnée prolongée. Elle m'a semblé fort longue, cette journée. Mais peut-être était-ce nécessaire pour  vouloir tourner la page. Se souvenir... de ces jolies choses. Evidemment.

Un gros bisous, et une accolade tellement caractéristique de ma personne quand je te retrouvais en tentant de ne pas crier trop fort ton prénom. L'enthousiasme des enfants.

Nothing but... a nightmare...

Culture, Confiture.