Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Nothing but... François Maigret, musicien, chanteur, producteur...

Le rapport avec la guitare a tout de suite été très intime, probablement à cause du fait que c’est un instrument qui te suit physiquement partout, que tu portes contre toi, et que les doigts sont en contact direct avec les cordes. Je ne sais plus qui a dit que bien jouer de la guitare demande de l’âme, qui s’exprime à travers le toucher. Je suis totalement d’accord. La guitare ne supporte que peu la frigidité. L’expressivité est essentielle. 

Franz

François, alias Shanka pour les mélomanes, et Franz pour moi, c'est un type top et je pèse mes mots. Je le "kiffe grave" et je suis tellement ravie que vous le découvriez ici ! 

Ahahah, on nous aurait dit il y a maintenant plus de 10 ans : « Un jour tu vas minterviewer parce que je fais de la zic et je viens denregistrer dans des studios mythiques », nous ne laurions pas crû hein ;) Bref, mon vieux pote dexposés
(R. Fashauer si tu nous lis),
ça me fait tellement plaisir que tu sois mon « invité virtuel » aujourdhui. Je connais un peu ton parcours, mais pour les néophytes, ta vie, ton œuvre, « you, you and you » de ta ville natale en passant (petit clin d’œil hein) par Strasbourg, et aujourdhui dans les forêts de Fontainebleau. En quelques lignes, qui es-tu M. Maigret ? 
Si j’en crois ma page LinkedIn, il semblerait que je sois musicien et producteur. On va donc partir là-dessus, ça me semble un résumé assez honnête. Guitariste de formation (enfin façon de parler, vu que je suis autodidacte) je travaille seul et en groupe, en France et aux Etats-Unis. Je vis professionnellement de la musique depuis 2002, grâce à de nombreuses expériences à des postes très divers, avec en fil rouge une activité scénique et discographique constante. Je suis originaire de Lorraine, et après avoir été Parisien et Bruxellois je vis actuellement près de Fontainebleau. Les projets musicaux dont je suis actuellement un membre actif et souriant se nomment No One is Innocent, The Dukes, The Holmes et France de Griessen. En parallèle, je produis de manière autonome beaucoup de musique pour la radio et la télé.

Ta « première fois » avec une guitare c’était quand ? ;) Quel souvenir ?
A 14 ans, après des semaines de négociations, j’ai enfin convaincu mes parents de m’acheter une guitare électrique. Quand je l’ai sortie de son étui dans ma chambre, j’ai passé des heures et des heures à en jouer et m’enregistrer sur un vieux ghetto blaster Grundig avec micro intégré. Je suis triste que cette cassette se soit perdue, parce qu’à mon avis, en termes d’art brut, ça devait être de très haute volée… Ou pas. Je n’avais encore pris aucun cours, donc je ne savais absolument pas jouer ! 

Est ce que tu faisais comme le mec dans le Péril jeune à écouter Jimmy Hendrix et être dégouté de ne pas être encore à son niveau (ahaha) ?
Pas vraiment, même si j’ai eu bien sûr des moments de découragement dans ma chambre d’ado. Mes parents peuvent attester. Mais je suis un pitbull, je ne lâche jamais prise. Par contre, oui, j’ai appris essentiellement comme ça, en jouant sur des disques, parfois à l’aide de partitions (souvent fausses…) et surtout à l’oreille. C’est la meilleure école, qui fait que la musique devient une partie de toi.

Dailleurs jai découvert que tu pratiquais aussi dautres instruments. Cest venu comment cette passion musique, tes parents, une vocation ? Comment tes tu formé aux autres instruments et pourquoi la guitare ? Quelle relation particulière as-tu construit avec cet instrument plutôt quun autre (je ne fais pas de guitare, mais moi jadore mon piano !)
J’ai commencé au piano mais ça ne m’a pas apporté grand-chose, mis à part l’apprentissage du solfège. Par la suite j’ai émis le désir de faire de la batterie, ce qui est compliqué quand tu n’as pas de garage et que tu habites en centre ville… J’ai donc opté pour la guitare car j’étais totalement fan d’Angus Young, le guitariste d’AC/DC. Quand j’ai vu ce type se rouler par terre avec sa guitare, j’ai tout de suite su que c’était ça que je voulais faire. Le rapport avec la guitare a tout de suite été très intime, probablement à cause du fait que c’est un instrument qui te suit physiquement partout, que tu portes contre toi, et que les doigts sont en contact direct avec les cordes. Je ne sais plus qui a dit que bien jouer de la guitare demande de l’âme, qui s’exprime à travers le toucher. Je suis totalement d’accord. La guitare ne supporte que peu la frigidité. L’expressivité est essentielle. Il faut savoir que quand on sait jouer d’un instrument à cordes pincées ou frottées, il est assez facile de se débrouiller sur n’importe quel instrument de cette famille : banjo, dulcimer, basse, bouzouki, mandoline, ukulele, violoncelle, contrebasse, saz turc, oud… Les accordages changent, les touches sont frettées ou non, mais ça n’est jamais un obstacle insurmontable, on peut toujours en tirer quelque chose. Après, il ne tient qu’à soi d’approfondir les techniques de jeu propres à chacun de ces instruments. Je joue également de la batterie (revanche ! ), j’ai commencé par travailler l’indépendance en cours avec des stylos… Plus tard, quand j’ai eu mon propre studio, j’ai pu travailler plus sérieusement, à la fois mon jeu et la prise de son (très complexe) de cet instrument. C’est important de connaître au moins les bases d’autres instruments car ça permet d’une part d’arranger ses compositions de manière réaliste et cohérente, d’autre part de dialoguer efficacement avec les autres musiciens.

Nous nous sommes donc connus sur les bancs de ce vénérable IEP de Strasbourg, et juste après, non pas la fleur au fusil, mais la guitare à la main tu as décidé de tracer ta route hors des sentiers tracés quaurait du timposer cette école. Raconte ces débuts, cette période où on déjeunait dans des trucs pas chers car on avait pas de tunes ;)  
Je suis parti vivre à Paris car, malgré le fait que je ne connaissais personne dans le milieu de la musique, mon instinct m’a vite indiqué que rester en province ne serait pas bon pour moi et que l’essentiel se passait là-bas. Mon seul capital confiance était le prix que j’avais gagné pendant ma 1ère année à Sciences-Po, un concours national de guitare dont j’avais gagné le premier prix. J’avais trouvé ça totalement improbable, mais à cette occasion des professionnels m’ont dit que j’avais potentiellement quelque chose à faire dans le milieu de la musique… Comment ne rien tenter après ça?
Bref, j’ai donc commencé à Paris en bas de l’échelle, fraîchement débarqué dans le 18ème, en consultant les petites annonces, essentiellement sur le site de Nova qui était étonnamment une très bonne plate-forme de rencontre pour artistes, plus sérieuse qu’ailleurs. C’est là qu’après quelques expériences sans lendemain j’ai trouvé mon premier groupe sérieux avec qui j’ai sorti mon premier album « professionnellement ». En parallèle, j’ai assez vite commencé à travailler pour un magazine de guitare, ma connaissance du solfège et de l’enregistrement me permettant de réaliser des rubriques pour eux. Ca m’a pris deux mois entre mon arrivée et mon premier centime gagné, mais avec le recul je pense que c’est vraiment peu de temps pour quelqu’un qui sort de nulle part, sans aucun pedigree, ni aide extérieure.
Par la suite, pour faire très court, une chose en amenant une autre et ma réputation faisant son chemin, j’ai intégré le groupe No One is Innocent dont je fais toujours partie aujourd’hui et avec qui j’ai sorti une dizaine de disques et fait des centaines de concerts, monté un studio à Paris, produit mes propres projets autant que ceux des autres, donné des cours et fait des masterclasses, sorti des bouquins et DVDs pédagogiques, produit de la musique de synchro pour le ciné, la télé et la radio… J’en oublie volontairement beaucoup, mais je veux éviter la liste à la Prévert. Aujourd’hui j’ai recentré mes activités sur les projets dont je fais partie (No One, The Dukes et le projet de mon épouse France de Griessen) et la production de musique pour la synchro qui me rapporte pas mal de droits d’auteur et me permet de bosser à la maison quand je ne suis pas en tournée.

Bon, je suis pas guitariste, donc javais jamais vu tes vidéos, mais en fouillant jai trouvé ça (ahaha, lien ci-dessous). Quas-tu à me dire sur ton choix vestimentaire du Professeur Relou pour ce « Comprendre les modes à la guitare- partie 1 » ? Tu aurais du faire aussi du théâtre à l’époque ;) (jai le droit de rajouter : tes con en me marrant ?)

Cette période de ma vie était vraiment drôle, le magazine pour lequel je travaillait m’a demandé de faire des vidéos pédagogiques et j’ai tout de suite pris le parti de faire de la pédagogie très sérieuse sur le fond, mais marrante sur la forme. Avec le recul, je me rends compte que c’est toute ma culture « Nulle Part Ailleurs » qui a refait surface ! J’ai grandi en regardant De Caunes et Garcia se déguiser et faire les cons, ça m’a influencé plus que ce j’aurais cru ! Ceci étant dit, j’ai toujours été très attentif à ne pas proposer quelque chose qui s’apparente à « c’est tellement facile pour moi que je peux me permettre de faire l’idiot en jouant », qui peut avoir un aspect finalement un peu méprisant. C’est pour ça que j’ai toujours passé beaucoup de temps à concevoir le fond, derrière la forme que je voulais « fun » pour donner envie d’apprendre. (NdlR : plutôt réussi, je vais essayer de suivre tes tutorials ;))

Blague à part, être professeur et «double dvd dor » pour « Les Leçons de Bob Whacker » ça ta apporté beaucoup ? (au sens humain bien sûr) Transmettre pour toi cest important ?
Ça a certainement participé à ma semi-notoriété. Quand j’y pense, à la grande époque, plus de 25 000 personnes par mois écoutaient ou regardaient mon travail… Au final, en cumulé j’ai touché des millions de personnes rien qu’à travers ce magazine, c’est assez dingue. Encore aujourd’hui on m’en parle, c’est assez chouette de voir que pas mal de lecteurs sont vraiment attachés à cette période du magazine durant laquelle il y avait un état d’esprit très cool et une réelle émulation entre l’équipe rédactionnelle et les intervenants musiciens, malgré un budget plus que serré.

 Un jour tu es devenu « Shanka »… Doù ça vient, pourquoi ce surnom ? Un rapport avec lhindouisme / bouddhisme ?
Il n’y a rien de mystique derrière ce surnom… Ma nièce Léa, quand elle était toute petite, prononçait mal mon prénom et m’appelait « Shanka ». J’ai trouvé ça mignon et j’en ai fait mon pseudonyme ! (Ndlr : énorme ! J'en apprends encore ;))

On ne peut pas ne pas parler de No One Is Innocent.. Tes meilleurs souvenirs, tes frissons, des choses moins drôles peut-être aussi ? Et aujourdhui tes relations avec eux ? Finalement ce sont un peu tes « mentors », non ?
J’ai eu une chance incroyable de croiser la route de Kemar, le chanteur et dépositaire du nom du groupe. J’ai tout appris avec No One, c’est ce groupe qui a fait de moi une bête de la route. Et je suis heureux d’avoir contribué à son parcours. Mon premier frisson, c’était juste avant de jouer sur la grande scène des Eurockéennes en 2004, sur laquelle j’avais vu No One en 97 en tant que public (j’avais 17 ans). Dans des moments comme ça, tout se télescope dans ta tête et les 50 000 personnes en face ne t’aident pas franchement à garder ton calme ! Après, il y a tellement de moments exceptionnels que je ne les compte plus, mais je citerai en particulier la tournée avec Mötörhead, celle avec les Guns’n’Roses et dernièrement le concert sur la mainstage du Hellfest devant 60 000 personnes, avec Black Sabbath, Megadeth et consorts. Egalement, tous les concerts qui ont suivi les attentats du Bataclan (en particulier le concert à la Cigale à Paris 15 jours après, avec une intervention sur scène de l’équipe de Charlie Hebdo), durant lesquels le lien avec le public dépassait de très loin le simple rapport classique entre audience et groupe de musique. C’est dans ces moments là que le rôle social de l’artiste apparaît comme essentiel.

Il ny a pas eu queux, tu as fais quelques autres scènes, lesquelles 
J’ai toujours mené mes propres projets musicaux en parallèle de No One. En particulier dans le cadre de mon groupe The Dukes, qui est mon premier projet développé à l’international, et dans celui du projet musical de mon épouse France de Griessen. Avec The Dukes, j’ai fait mes premières tournées en Europe et aux USA, ouvert pour Shaka PonkThe SubwaysTriggerfinger et écumé les festivals… Avec France, mon souvenir le plus fort reste à ce jour les dates avec Indochine, on était juste tous les deux face à 10 000 personnes tous les soirs. Ca soude !

Et un jour il y a eu .. The Dukes. Allez raconte, raconte cette envie , je cite, d« amour de l'art, du rock'n'roll et de l'adrénaline. Parce que le challenge est quelque chose qui me plaît et que ce qui m'intéresse dans la musique, c'est la création et la performance, pas grimper les échelons de cette corporation (le choix de ce terme n'est pas innocent). » Tas pas fait Scpo pour rien, ton billet de Juillet 2015 était un beau papier ! Donc The Dukes, de la passion, de la qualité, et de lenvie surtout. Jai assisté aux débuts et maintenant (WAAAAAAHAHA)... Bref, raconte-nous.
Ce projet musical est mon laboratoire, tant artistique qu’au niveau du business. Côté artistique, mon but était de faire exactement la musique que j’avais en tête, en la produisant pour que ça supporte la comparaison avec n’importe quel mastodonte anglo-saxon. C’est pour ça que j’ai toujours produit les albums de ce projet hors de nos frontières car le savoir-faire y est (selon moi, et ça n’engage que moi) meilleur que chez nous dans le domaine de l’enregistrement de rock’n’roll. Ça ne m’arrange pas en termes de frais de transport, mais c’est comme ça ! En tout cas, c’est hyper enrichissant et le niveau de challenge est énorme. En plus, on est un duo, c’est une formule exigeante qui ne laisse pas beaucoup de temps morts. Côté business, c’est un casse-tête très stimulant de financer un projet de ce type, ce qui nous a amenés à mettre en place des nouvelles manières de travailler : partenariats avec des marques (Oxbow, Fox Racing, Bavaria…), contrats de disque « à la carte », optimisation du merchandising… Actuellement, on vient de signer un contrat de management aux USA avec Bob Chiappardi, le CEO de Concrete Mgt (ancien manager de Pantera, Linkin Park, White Zombie…) et on travaille sur un nouvel album avec Kato Khandwala, un réalisateur actuellement n°1 du billboard US avec The Pretty Reckless. Ces derniers nous ont proposé une tournée de 5 semaines en Europe avec eux, on est en plein dans l’étude du financement avec le management… Bref, l’histoire sans fin continue. The Dukes est un projet qui m’a demandé beaucoup de prises de risques, mais le potentiel en train de se dévoiler me donne le vertige.

 

Je nai pas écouté tous les textes, mais je sais que tu es très engagé de manière générale et toujours entier/intègre avec un humour pinçant qui te caractérise depuis toujours, aujourdhui... Quand tu vois le monde défiler, tes peurs, tes craintes, tes espoirs, tes combats aussi ( c'est la parenthèse "j'ai fait scpo") ?
Je suis issu de la « working class ». A ce titre, j’ai une certaine conscience sociale, bien que celle-ci soit de nature plus humaniste que politique. En tant que citoyen, évidemment beaucoup de choses m’inquiètent en ce moment. Que ce soit l’utilisation de la menace terroriste par les gouvernements pour asseoir un « police state » insidieux, l’individualisme forcené dont la meilleure illustration est la difficulté pour un pays comme la France d’accueillir quelques milliers de réfugiés ou la folie des extrémistes religieux, il suffit de regarder les infos quotidiennement pour se sentir mal. Ma famille a subi de plein fouet deux guerres mondiales, j’espère ne pas me taper la 3ème…
A moins qu’elle aie déjà commencé ? Ceci dit, je refuse d’être dans l’apathie et la déprime. Concrètement, je fais ce que je peux à mon niveau de citoyen en donnant à des assos et des sans-abris et en participant à des festivals caritatifs. Artistiquement, j’essaye de remplir mon rôle en produisant des disques et spectacles sincères et de qualité, malgré les difficultés rencontrées au sein d’une industrie en pleine déconfiture, dans lesquels je fais passer des messages qui me semblent importants. Sans donner de leçons, seulement des pistes de réflexion.
Ca reste de la musique, donc un tribune qui reste plus philosophique que politique. (Je parle ici de The Dukes, pas No One, qui est plus explicitement politiquement engagé, mais comme ce n’est pas moi le chanteur, je ne peux pas parler pour lui). Quand je chante « don’t die a copy », c’est un conseil, pas un ordre! C’est ce que je peux faire de plus utile à mon niveau pour combattre le « dumbing down » de la société. C’est toujours plus utile que de rester chez soi à se plaindre. Je travaille et me bats quotidiennement pour donner de l’espoir à la jeune génération qui en a énormément besoin. Je veux montrer que c’est encore possible de rêver, et j’y arriverai. Ceci dit, j’habite à la campagne pour pouvoir faire valoir, si besoin, mon droit de « retrait voltairien » : des fois, quand j’en ai marre, je coupe mon portable et je m’occupe de mon jardin, et ça fait du bien !

La musique, pour toi, cest un bon moyen de communiquer ces engagements ? Mais tu dessines aussi, tu crées aussi des animations, tu montres quon peut être créatif sans pour autant avoir fait une école dart... Cest ancré en toi la musique comme nous l'avons lu plus haut. 
Je suppose que j’ai des prédispositions, mais j’ai énormément travaillé pour en arriver là. Je pars avec une balle dans le genou, étant d’une timidité maladive au départ… Mais en compensation, je crois avoir une grande volonté. C’est ce qui m’a permis de trouver ma voie en tant que musicien. Parfois, je me dis qu’au lieu de faire Sciences-Po, j’aurais mieux fait de faire une école d’art… Mais d’une part je crois que trop regarder son rétroviseur ne sert à rien, d’autre part il est probable que le fait d’être autodidacte m’a permis de développer à la fois un certain bon sens et une forte personnalité dans ce que je fais. Ce qui est, il me semble, important pour un artiste.

Parle-nous aussi de ta compagne, (non non je ne veux rien savoir de votre vie sexuelle ahahah), elle est artiste aussi, jaime beaucoup ce quelle fait ( jai écouté ! ) comment ça se passe au quotidien deux artistes ensemble ? Vous vous stimulez, encouragez, soutenez ?
C’est certain qu’être un couple d’artiste n’a pas toujours été de tout repos, mais on s’est toujours beaucoup encouragés mutuellement. Il y a aussi une grande compréhension mutuelle sur certaines formes d’angoisses spécifiques à ce métier, qu’un comptable ou un fonctionnaire auraient probablement du mal à concevoir. De plus, on s’inspire mutuellement et ça c’est inestimable !

Quels conseils donnerais-tu à des « jeunes » qui voudraient suivre la même voie. Les pièges, les choses à savoir, les qualités requises ? Parce quil y a souvent un « halo » autour du métier et de la vie dartiste. On simagine toujours que cest amour, gloire, beauté, fric et rocknroll On sait toi et moi que si bien sûr du plaisir et de la passion yen a (ahaha il en faut sinon tu serais dans un autre métier genre audit dans une boite de conseil ;)), ce nest pas rose tous les jours.
Vaste sujet. Le business musical est complexe et il n’y a pas vraiment de diplômes qui aient de valeur réelle… Pour commencer, on ne soupçonne pas le nombre de corps de métiers différents qu’on trouve dans ce milieu. Mon salut a été dans la diversification, ce qui m’a permis de trouver la meilleure configuration pour moi. J’ai fait énormément de choses différentes : guitariste évidemment, mais aussi ingé son, journaliste, pédagogue, vidéaste, graphiste, conférencier, auteur, backliner, mixeur, réalisateur, roadie, prod exé, régisseur… Et j’en oublie. Pour moi, ce qui est important c’est de trouver sa voie, et comment faire autrement que d’essayer plusieurs jobs ? Les Américains ont ceci de rafraîchissant qu’ils ne voient pas l’échec comme quelque chose de négatif, simplement une étape vers un épanouissement personnel. Il faut simplement tirer les bonnes leçons d’une expérience qui ne porte pas ses fruits. En tout cas, je pense que le milieu de la musique demande de la curiosité, de l’autonomie, un bon caractère.
Pour ma part, ma stratégie était simple : je me suis efforcé, dans tout ce que j’ai fait, de bosser mieux et plus vite que les autres, dans la limite de mes capacités bien sûr, tout en étant sympa et discret. Jusqu’ici, ça m’a plutôt bien réussi.

Je te connais suffisamment bien pour aussi détrôner les idées reçues que le rocknroll est nécessairement synonyme de vie destroyed (drogues et alcools). Si cest bien sûr une réalité, ce nest néanmoins pas une généralité,  nest-ce pas ?
C’est très simple, de deux choses l’une si tu as un mode de vie « destroy » et veux avoir une carrière musicale : soit tu as des avantages stratégiques décisifs, du type « papa et maman payent », ce qui permet de survivre pendant les longues périodes où tu vas devoir te faire oublier suite à tes débordements, soit tu as une carrière d’environ 12 minutes.
Les frasques, c’est fini, à moins d’être une énorme tête d’affiche, et encore. Axl Rose s’est fait taper sur les doigts par le promoteur français après ses caprices à Bercy qui ont couté cher (il faut savoir qu’à Bercy, le 1/4 d’heure de dépassement du curfew se paye TRÈS cher), les dates suivantes je peux te dire les horaires ont été respectés à la seconde près ! Je l’ai vérifié sur le terrain, les jeunes groupes qui font n’importe quoi se font rayer de la carte très vite.
Aujourd’hui, pour tenir la course, il faut être une machine de guerre, super-organisée, souriante et rigoureuse, tout en mettant le feu aux planches, sinon l’aventure se finit très vite.
Le show, c’est sur scène, pas backstage !

Tes influences artistiques tu les puises où ? Chez qui (tout secteurs artistique confondus) ? Avec quel artiste aurais-tu voulu casser la croute par exemple et avec qui tu nauras peut être pas (sil est mort) ou tu nas pas encore eu (sil est vivant) loccasion ? Et pourquoi ?
Mes influences sont hyper variées, elles peuvent être musicales (par exemple en ce moment je découvre des groupes issus d’une jeune scène californienne surf-psyché hyper inspirée), mais pas forcément rock. Récemment je me suis inspiré de musique traditionnelle irlandaise, de blues malien, de folklore chilien et d’Ennio Morricone… Les arts visuels m’inspirent aussi beaucoup, au fil des expos et des découvertes : les classiques comme (en vrac) Goya, Schongauer, Dürer, Bosch, ou plus contemporain Masereel, Daniel Johnston… Sans compter les dessinateurs de BD dont je suis friand : Caza, Druillet, Hérenguel, Burns, Larcenet etc… Dernièrement, j’ai découvert le travail de Patrick McGrath Muniz dont j’ai vu les oeuvres au musée d’art contemporain d’Albuquerque et qui m’ont mis une énorme claque. Les films d’animation de Starevich m’inspirent aussi beaucoup, et tous les films de Chaplin dont je suis un énorme fan. Je conseille d’ailleurs à tout le monde de lire son autobiographie qui m’a marqué profondément. Récemment j’ai visité Taliesin West, la résidence de Frank Lloyd Wright en Arizona, qui m’a donné pas mal d’idées aussi… Toute discipline créative peut potentiellement m’inspirer et me plaire. Bref, je ne vais pas lister tout ce que j’aime, ça serait long et ennuyeux, mais ça donne une idée!

Concernant les artistes que j’ai pu rencontrer, pour citer seulement les rencontres les plus marquantes j’ai eu la chance de passer du temps avec Lemmy Kilmister, sûrement le type le plus gentil que j’ai pu croiser. Son guitariste Phil Campbell est aussi un type complètement fou, mais extra. J’ai aussi rencontré mon idole d’adolescence Paul Gilbert, qui a été également adorable avec moi. Autre super souvenir, la rencontre avec The Subways, dont j’étais fan et qui m’ont invité à tourner avec eux, avec qui je suis resté très ami. Plus récemment j’ai pas mal discuté en studio avec les Linkin Park qui sont très cool, et j’ai travaillé avec un producteur légendaire, Val Garay, qui m’a beaucoup apporté humainement et artistiquement. Globalement, j’ai eu plutôt des bonnes expériences avec les stars, mes rêves d’enfant sont restés intacts! J’aurais adoré casser la croûte avec Johnny Cash, espérons que je me rattraperai avec Willie Nelson

Pourquoi crois-tu t’être senti plus en symbiose avec le rocknroll que par exemple le jazz ou le pop ? Une question de tempo ? La revolte inhérente à lhistoricité de ce courant musical ?
Il y a plein d’éléments qui poussent une personne vers tel ou tel style de musique. Le tempérament d’abord, j’ai un caractère explosif donc le rock et le rapport physique à la musique qu’il implique s’est imposé de lui-même. Ensuite, j’ai toujours été attiré par la contre-culture et la subversion. La dimension populaire de ce style de musique (même si elle a pris un coup dans l’aile, la pratique du rock étant devenu un sport réservé aux fils de bonne famille…) me plaît également, je n’aime pas l’élitisme en matière de culture. Ce qui n’empêche pas l’exigence artistique. J’aime aussi l’esthétique DIY, et la créativité débridée qui va avec. Mes parents écoutaient du folk et du classique, du coup c’est mon grand frère Antoine qui m’a copié mes premières cassettes de rock quand j’avais 5 ans : Sisters of Mercy, Depeche Mode, AC/DC, Simple Minds, Tears for fears

Doù vient le rock dailleurs pour les néophytes ? Les grandes figures du rocknroll selon toi et pour toi ?
Le rock, c’est du blues joué vite et fort. Je suis un bluesman dans l’âme, encore aujourd’hui. Les grandes figures du rock, chronologiquement et subjectivement, sont selon moi probablement The Beatles, The Rolling Stones, puis Hendrix, Black Sabbath, AC/DC, Led Zeppelin, Zappa, bref les classiques… J’ai grandi dans les 90’s, donc mes références seront forcément (en vrac) Nirvana, Soundgarden, King’sX, Alice in Chains, Type O Negative, Killing Joke, Fugazi, Bad Brains, puis plus récemment The Hives, Future of the Left, The Bronx, Jack White, la liste est trop longue !

On va conclure ;) Quand tu étais minus, tu rêvais de devenir quoi / d’être quoi ?
Guide de haute montagne. J’étais bien parti, mais la vie en a décidé autrement ! J’ai toujours une passion pour la montagne mais je ne pratique pas en ce moment, on ne peut pas toujours tout faire…

Une phrase pour conclure tout ça ?
J’aime beaucoup cette citation de Hunter S. Thompson (l’auteur de « Fear and Loathing in Las Vegas ») qui montre que l’humour peut fortement aider à survivre à ce milieu : “The music business is a cruel and shallow money trench, a long plastic hallway where thieves and pimps run free, and good men die like dogs. There's also a negative side.” C’est bien sûr exagéré car depuis la crise du disque, il y a beaucoup moins de cinglés et de touristes dans le music business, darwinisme oblige, mais cette phrase me fait toujours sourire. Et sourire est très important dans la vie !

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Nothing but... Alexandre Fumeron, créatif chez BETC Digital & photographe

Nothing but... Marc Molk, peintre et écrivain