Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Nothing but... Côme Ferré, réalisateur

"Très franchement, la plupart du temps, lorsque je manque d'idéeS, j'écoute de la musique. De vraiment tous les styles. Moi-même je suis musicien à mes heures perdues et il n'y a rien qui me fait plus planer que la musique. Souvent avant d'attaquer un montage, je dois trouver la musique qui m'accompagnera, même si au final il n'y aura aucune musique dans le montage."

Hello Côme, tu es donc réalisateur, et nous nous sommes rencontrés initialement dans le cadre professionnel d’Insurrection, grâce à M. Chavepayre  qui t’avait repéré sur les ondes et t’a donné les reines de la réalisation de cette incroyable œuvre majeure dans l'histoire des habillages TV : Pluzz.Fr (je rigole, car j’adore toujours autant ce film et son incroyable comédien – cela va s’en dire – Antoine ;)). Peux-tu nous narrer, ta vie, ton œuvre, tes amours avec les poissons rouges, ton parcours en somme…
Et bien j'ai une vie assez banale. Mon papa travaillait à la SNCF, ma maman était à la maison.  Lorsque j'ai eu mon bac, ils ont accepté de me payer une école de cinéma privée et à partir de là j'ai commencé à appréhender le métier. Je n'avais à l'époque pas particulièrement l'envie d'être réalisateur, savoir cadrer et monter me suffisait très bien comme projet dans un premier temps, malheureusement dans ce genre d'école privée, on t'apprend un peu de tout et on ne se spécialise en rien. J'ai compris à mi-parcours que j'apprendrais plus vite en travaillant directement (et puis de toute façon ce diplôme ne valait rien) alors j'ai quitté l'école en cours de route.
J'ai commencé à travailler dans une toute petite société de production familiale du nord de la France comme cadreur monteur. Au regard de l'histoire, je me dis que je n'y connaissais pas grand chose et je ne suis pas sûr que je me serai embauché moi-même vu l'état de mes connaissances. Mais c'était idéal pour le jeune homme de 19ans que j'étais. Ca n'a duré que 9 mois mais j'ai appris bien plus qu'en 1an et demi d'école. Lorsque j'ai appris qu'une toute nouvelle chaîne de télé régionale démarrait à Lille, j'ai immédiatement postulé. La télévision c'était ce que je voulais faire depuis le début, pour le côté petite équipe efficace, le flux. 
J'ai travaillé là-bas un peu plus de 3ans. Embauché comme cadreur/monteur/charcutier/peintre (on fait de tout là bas) C'est là-bas que j'ai commencé à réaliser. Des petites émissions, des programmes courts, des vidéos humoristiques... C'était avec un budget ridicule par rapport aux grandes sœurs nationales, mais j'étais quasiment libre de faire ce que je voulais. C'était une bouffée d'air frais. C'est d'ailleurs aussi là que j'ai commencé à faire des vidéos avec mon (super) pote Antoine. L'une de ces vidéos à fait un 2 millions de vues sur youtube, ça nous a donné de la visibilité à Paris. On a fait des rencontres (dont M.Chavepayre) et puis on a fini par travailler pour les fameuses grandes sœurs nationales. Seul en réalisant quelques habillages antenne, en duo pour France 4 en chronique humoristique quotidienne.
Depuis je fais un peu moins de télévision, et je travaille sur des sujets plus sérieux, toujours avec autant d'envie.

 Je ne peux pas penser à toi sans ton binôme Antoine, et la plupart de vos vidéos de cette grande époque "La folle minute de Côme Ferré" m'ont vraiment fait beaucoup rire. Ca a commencé comment cette aventure-ci, ça a duré combien de temps ? Comment travailliez-vous, prépariez-vous les films ? Votre pire souvenir de tournage, et votre meilleur ?
Antoine était embauché exactement au même titre que moi dans cette chaîne de télé lilloise. Quand j'ai commencé à écrire des vidéos, j'ai demandé à mes collègues (et nouveaux copains) de jouer dedans. Dès qu'Antoine jouait dans une vidéo, il y avait un vrai truc en plus. Tout le monde nous le disait. Lui était devant la caméra et moi derrière et ça marchait bien. On rigolait et on faisait rire. A ce moment là, on s'est souvenu du pourquoi on avait choisi de faire ces métiers-là.
On avait absolument aucun budget pour faire des vidéos, donc on faisait des parodies avec ce qu'on pouvait. Et comme ça plaisait à notre chaîne de tv, ils nous ont donné encore plus de choses à faire, on était soutenu dans nos conneries, donc on voulait forcément en faire d'autres.
Au début j'écrivais seul, puis quand on a accéléré le rythme de production, on s'y est mis à deux, on arrêtait pas. Il y a quand même eu des périodes où il fallait écrire, tourner et monter environ 10 à 15 minutes fraiches par jour seulement tous les deux. Donc on s'organisait comme on pouvait et on dormait peu. D'ailleurs, on vivait aussi ensemble dans une colocation, c'était super pratique d'un point de vue production, toutes les boites devraient loger leurs réalisateurs dans les bureaux... (NdlR : ahaha je suis d'accord !)

Parlons du Plot d’ailleurs, ce film incroyable que tu n’as jamais réalisé faute d’aides du CNC. Mais pourquoi tant de haine de sa part à l’égard de ce film grandiose, crois-tu ?
Antoine et moi on est dégouté d'avoir jamais pu faire un vrai film avec ce concept jamais vu au cinéma...En vrai « le plot » c'est un exemple parfait. Je devais faire un vidéo pour le soir même, j'avais plutôt pas envie et pas le temps, juste cette idée du plot. Antoine se lève (on vivait ensemble) je lui parle de 3,4 blagues, il ajoute sa qualité de jeu (parfaite spécifiquement sur cette vidéo), improvise d'autres blagues et ça donne le Plot, une vidéo faite avec les pieds mais qui nous fait encore rire aujourd'hui.

Puis il y a eu donc le fameux Pluzz, un tournant dans ta vie de réalisateur, non ? Qu'est-ce qui t’avait étonné, et qu'est-ce que tu as appris ? En quoi ça a influé ta manière de travailler ensuite ?
Je ne l'ai pas dit à l'époque à la production (Insurrection) - même si je crois qu'ils s'en doutaient - mais c'était la première fois que je mettais les pieds sur un vrai gros plateau de tournage, et j'en étais le réalisateur. Pour l'anecdote : Antoine était comédien sur ce film. Lorsqu'on est arrivé pas loin du set, on a vu des gros camions stationnés un peu partout et des tentes régies, on s'est dit « Tiens, y'a un gros tournage dans le coin » et en fait c'était pour nous. (Ndlr : Ahahaha, j'aurais adoré voir vos têtes !)
On m'a donné un casque, un combo et un talkie. Rien qu'avec ces trois accessoires on explosait le budget habituel de nos vidéos.  Autant vous dire que pour Antoine, comédien et moi, réalisateur, c'était vraiment nouveau. Mais au final je suis encore content du résultat aujourd'hui. 

Concernant ce que ça a changé dans ma façon de travailler, faut que je précise une chose. Lorsque j'ai quitté mon école de cinéma en cours de route, je fuyais aussi ce que je croyais être la méthodologie du cinéma. Tout ce temps passé pour faire un seul plan de 10 petites secondes, cette perspective ne me plaisait pas du tout. J'avais envie de prendre la caméra de tourner, essayer, se planter, re-essayer. Au final je mettais fait une mauvaise image des gros tournages, parce que j'avais oublié que j'étais dans une école. Personne n'était expert dans son métier et le résultat ne valait pas vraiment tout ce temps perdu, selon moi.
Mais il fallait forcément passer par là. A partir du tournage de Pluzz, j'ai compris que, au contraire, prendre le temps de tout peaufiner avec des chefs de postes confirmés, c'est un réel plaisir. Mais c'était nouveau pour moi et j'ai du perdre certains réflexes et en prendre d'autres. Aussi, lorsqu'on est si bien entouré, on a plus le droit de se planter. Alors que, lorsqu'on faisait des vidéos avec 3€ de budget, on pouvait toujours se dire qu'on aurait pu faire mieux. Plus d'excuses aujourd'hui.

 Aujourd’hui, tu es un réalisateur Insurrection (et on travaille aussi tous les deux quand on peut sur d’autres collaboration), tes dernières actualités dans ce cadre là, c’est quoi ?
Pluzz, c'était il y a 3 ans. Depuis, je fais de plus en plus de publicités. Récemment j'ai signé des campagnes pour CerealBio, Intermarché ou Boulanger.

La « vie » de Côme Ferré au quotidien, ça ressemble à quoi (enfin sur une semaine par exemple) pour donner une idée à des jeunes qui ne savent pas du tout ce qu’est le métier de réalisateur et qui en rêveraient (peut-être) ?
On est en peignoir et on attend que son téléphone sonne... je plaisante. Moi je suis un nouveau, les publicités représentent aujourd'hui les plus gros tournages auxquels je participe. Mais je continue de faire des petits tournages moins ambitieux (à l'ancienne) et surtout j'ai pour ambition d'attaquer des formats plus gros et plus longs surtout, donc je travaille aussi là-dessus. 

Les plus, les moins de ton métier ? Des moments plus difficiles peut-être ? Ou tu ne dialogues qu’exclusivement avec Zarathoustra ? ;)
Le grand Plus de ce métier c'est l'indépendance. J'ai été salarié avant et je sais que réussir à vivre une journée différente chaque jour, c'est une liberté folle. Par ailleurs, j'ai aussi la liberté de créer mon propre avenir. J'écris, je contacte des gens, je rencontre des prods etc. C'est très enrichissant et très grisant de se dire que demain sera fait de ce que je peux créer aujourd'hui. 
Les moments durs, il y en a plusieurs à plusieurs niveaux. Quand on se fait annuler un projet auquel on croyait et sur lequel on travaillait depuis un moment. Quand on se rend compte qu'un projet est fini et qu'on en a pas du tout profité parce qu'on était trop préoccupé par le fait de le mener à bien. On se dit « Ce projet devait être cool mais à quel moment j'en ai profité en fait ? »
Le super plus, c'est d'entendre les émotions des gens qui voient ton travail. Transmettre des émotions, c'est la raison pour laquelle on fait ce métier et lorsque c'est concret, c'est super. Malheureusement, sur internet ou en tv, c'est assez rare.

Ton travail est dans la majorité des cas toujours teinté d’humour. Pour toi est-ce essentiel cette manière de communiquer ? Tu puises aussi beaucoup dans des références télévisées, populaires, culturelles... Tes émissions phares, humoriste, éditorialistes seraient ?
L'humour désamorce, on peut quasiment tout dire avec de l'humour. Essayer d'insulter quelqu'un sur facebook, ça passe pas. Rajoutez un smiley et PAF ça marche... :) Au début j'ai commencé avec des parodies tv parce que c'est un format qui me semble plus facile, il s'agit d'appuyer là où ça fait mal. Malheureusement, certaines émissions deviennent la plupart du temps leurs propres parodies, ça tue le marché...
Du coup je me suis dirigé vers des choses plus sérieuses, mais j'aime encore beaucoup y mettre de l'humour ou au moins de l'esprit. Ca allège un propos complexe, ça relativise parfois. C'est très pratique en fait.
Parmi les gens dont j'aime beaucoup le travail humoristique, il y a - pêle-mêle - l'humour un peu absurde fait par Chris Esquerre (que j'adore) Thomas VDB ou même Vincent Dedienne (à qui je fais un bécot, s'il lit ces lignes)
Pour les références humoristique tv, je dirai évidemment toute l'école Nova/Canal plus : Nico et Bruno (message à caractère informatif), Omar et Fred, Jamel etc.
Enfin pour le cinéma ça va de Buster Keaton à Michel Hazanavicius et passant par les comédies anglaises (parce que les anglais sont les meilleurs en tout) 

Tu as aussi été acteur (de fait), comment travaille-t-on quand on est à la fois devant et derrière la caméra ?
Toutes les personnes qui m'ont vu jouer un jour sauront pourquoi j'ai vite arrêté. Celles qui ne m'ont pas encore vu n'ont rien perdu.

Pourquoi crois-tu que le film pour toi, semble avoir été un vecteur évident pour t’exprimer, plutôt que la photographie ou autre ? C’est un goût qui t’es venu très jeune ? Une vocation ?
J'adore ce support et parfois j'ai quelques reproches à lui faire aussi. Je l'adore parce qu'il est selon moi la somme de beaucoup d'arts : les décors, la musique, le jeu, la composition des cadres. Beaucoup de grands réalisateurs ont compris ça et font des films qui sont des véritables œuvres d'art avec un équilibre parfait.
Le problème de ce support, c'est qu'il impose d'être ultra accessible. Il y a une grammaire imposée qui change finalement très peu d'une œuvre à l'autre. Cela lui enlève, selon moi, le côté noble que peuvent avoir l'écriture ou la peinture. Les spectateurs n'ont plus à faire d'efforts, peuvent devenir passifs et imposent leurs rythmes.
La popularité de ce support est quelque part son plus grand défaut.

Après, il existe aussi ce qu'on appelle les performances vidéos d'artistes contemporains qui utilisent de plus en plus la vidéo dans leurs oeuvres. Ce n'est pas vraiment accessible parfois, voire hermétique pour des néophytes ! J'en déduis que tu ne te sens pas l'âme d'une vidéo "abstraite" ? ;)
Je pense au contraire que cela peut être très accessible mais nous sommes tellement habitué à un certain rythme… Lorsque j’étais à Lille, j’ai eu l’occasion de voir le travail d’une école de cinéma d’un autre genre que celle par laquelle j’étais passé : le Fresnoy. Il y avait là des vrais artistes en devenir, des vrais propositions de récit, de vraies expériences. Ca m’a fait du bien de savoir que certains vidéastes étaient motivés par la créativité pure, l’expérience.

Quelles sont les qualités requises pour devenir réalisateur – selon toi – que tu pourrais conseiller à d’autres jeunes « qui n’en veulent » ? Tous les réalisateurs ne sont pas forcément commodes, mais travailler avec toi est un vrai bonheur ! (j'en parle en connaissance de cause).
Premièrement, c'est très gentil. Deuxièmement, je pense qu'il y a autant de réponses possibles que de réalisateurs. Je vais donc répondre pour ma part. Le fil rouge de ma (très courte) carrière, c'est de croire que rien n'est acquis, que même quand les gens te disent qu'ils aiment bien ton travail, c'est qu'ils n'osent pas te dire ce qui ne va pas, ce que tu pourrais corriger. Donc il faut continuer de travailler et d'apprendre. J'ai croisé néanmoins beaucoup de personnes très sûres d'elles et qui pouvaient avoir beaucoup de talents (pas tous). Je sais que c'est leur force. D'être sûr de soi parfois contre vents et marées. Mais, en ce qui me concerne c'est l'inverse. Je doute sans cesse, persuadé que ça pourrait toujours être mieux. Et si je suis convaincu que ce sentiment permanent est plutôt handicapant, sans lui je n'en serais pas là non plus. C'est ma façon d'avoir de l'ambition.

Quelle différence entre réaliser des films publicitaires, des films pour la télévision et des habillages Tv ? La manière de travailler et de réfléchir sont elles identiques ? Quelles sont les différences ?
La différence c'est : qui paye et combien.
Lorsqu'on travaille pour la télévision, on a un client : c'est le téléspectateur. Il y a bien sûr le directeur des programmes mais si le téléspectateur est content alors t'es tranquille (les preuves aujourd'hui ne manquent pas). C'est le téléspectateur qui paye, c'est lui qu'il faut convaincre. Dans l'habillage antenne, le téléspectateur rentre aussi en compte mais le directeur d'antenne (ou directeur artistique de la chaîne) est évidemment plus impliqué, car c'est un one shot. Mais les budgets sont assez restreints, donc on est relativement tranquille, tant que l'idée est là. 
Pour la publicité, les budgets impliquent un contrôle plus important de la part du client. In fine, c'est bien toujours le téléspectateur qu'il faut convaincre, mais la marque a aussi une image à gérer, elle est donc épaulée par une agence de publicité. Toutes ces personnes sont avec toi pour qu'ensemble, on essaye de trouver l'accord parfait entre l'image de la marque et le fait de plaire aux téléspectateurs. Les rôles sont assez bien définis, je suis arrivé dans un univers déjà bien rôdé. Au final chaque support est un exercice différent, un défi à réussir. 

Tes castings sont toujours très justes, est-ce que le fait justement d’avoir été aussi acteur t’aide pour tes choix ou pour diriger tes acteurs sur plateau ? 
Beaucoup d'acteurs ne se projettent pas vraiment dans un rôle, ils se contentent de jouer le personnage qu'on leur attribue. Au final, il ne joue pas le personnage, il joue un comédien qui joue le personnage. Je pense que c'est pour cela que souvent les réalisateurs cherchent des personnes qui sont vraiment comme leurs personnages dans la vie.
Personnellement, j'essaye surtout de m'affranchir du fantasme qu'on peut se faire sur un rôle et qui mène finalement vers la caricature. Il y a des comédiens qui ont très bien compris ça, ils faut les trouver et réussir à les diriger pour obtenir ce que l'on veut.

Le volet « mon métier et moi » est clôturé. Ton univers, à présent... Quels sont les réalisateurs que tu admires, qui t’ont donné envie de faire ce métier ?
Une des vertus de mon école de cinéma a été de m'apporter une (petite) culture cinématographique. Et j'avais de grosses lacunes à ce niveau-là. Je me suis surtout rendu compte à quel point tout à été fait très vite dans les premières décennies après la naissance du cinéma et qu'après il n'était souvent question que de réadaptations, de réactualisations des problématiques etc. à quelques rares exceptions.
J'ai beaucoup aimé Keaton et Tati pour le côté burlesque. Hitchcock pour le sens du rythme et son aspect très accessible et pourtant très riche de créativité. Puis Scorcese qui continue de faire partie selon moi des jeunes réalisateurs malgré son âge. Il y en a tellement...

Et dans les autres domaines artistiques, tu vas puiser où ton inspiration ? Chez quels artistes ?
Très franchement, la plupart du temps, lorsque je manque d'idées, j'écoute de la musique. De vraiment tous les styles. Moi-même je suis musicien à mes heures perdues et il n'y a rien qui me fait plus planer que la musique. Souvent avant d'attaquer un montage, je dois trouver la musique qui m'accompagnera, même si au final il n'y aura aucune musique dans le montage. Sinon, je suis aussi assez fan de séries (surtout anglaises), de bandes dessinées et de podcasts radio (abonnez vous à la page FB de France Culture, il y a au moins un podcast passionnant par jour). Et je regarde énormément de documentaires et des programmes de vulgarisation scientifique, sans doute pour rattraper mon immense retard dans ce domaine. Au final je regarde beaucoup d'écrans, mais très peu la tv en direct.

Je sais aussi (ahaha je le sais !) que certaines questions sociétales te préoccupent, est-ce que tu te sens un « devoir » d’en parler via la réalisation ou pour toi est-ce que ça peut être totalement déconnecté ? Si oui, quels sujets te tiennent plus à cœur que d’autres ? 
En fait c'est assez simple. Je crois que les auteurs et réalisateurs sont surtout des observateurs. Lorsqu'on fait mouche dans une vidéo en montrant quelque chose c'est qu'on a bien saisi un petit bout de notre société. C'est une façon de dire qu'on connait certains symptômes et que donc, on a peut-être un petit bout de la solution. Même les gens qui font de la comédie pure ou des parodies sont selon moi des témoins d'un fait, d'une époque. Comme ces faits sont notre matière première, ce serait mentir que de dire qu'on peut s'en déconnecter complètement.

Ton premier coup de cœur audiovisuel c’était ? Et quand ?
Ca va paraître bizarre, mais quand j'avais 15 ans j'ai vu Bloody sunday de Paul Greengrass et j'ai adoré. Cette façon de filmer façon reportage, je trouvais ça génial malgré le tragique du propos. Je me suis renseigné sur le mec et j'ai vu que c'était un ancien reporter de guerre. Ca se ressentait vraiment et ça donnait un réalisme dingue que j'avais jamais vu.
D'ailleurs, Hollywood n'a pas tardé à lui mettre le grappin dessus et il a réalisé ainsi 3 épisodes de la saga Jason Bourne puis d'autres films (moins bons selon moi) comme United 93 et Captain Philipps. Cette façon de filmer a inspiré à peu près tous les films d'actions hollywoodiens à partir de là et le modèle a fini par s'épuiser. Aujourd'hui, je préfère largement les films qui sont mis en image de façon beaucoup plus académiques, mais aussi plus esthétiques. Mais je n'oublie pas qu'à l'époque, quand j'avais 15 ans, je me suis rendu compte qu'on pouvait encore inventer des nouvelles façons de filmer.

Enfant tes films marquants ? et pour quelles raisons ?
L'opérateur de Buster Keaton parce que ce mec est un génie qui mériterait d'être aussi connu que Chaplin (même si Chaplin est aussi un génie génial) Les films de Méliès parce que c'était un véritable précurseur, Vertigo de Hitchcock mais beaucoup de Hitchcock en fait. The rope pour le plan séquence, Lifeboat pour le huis clos sur un radeau. Des leçons à chaque fois. La nuit américaine de Truffaut juste pour Jean-Pierre Léaud qui est fantastique.

D’ailleurs quand tu étais petit tu rêvais de devenir / être quoi ?  
Journaliste est venu très vite. Puis raconter des histoires, comme tous les enfants je crois. Sinon quand je serai grand, je serai musicien professionnel. Je me laisse encore un peu de temps, j'attends que le rock reviennent à la mode et je me lance.

Une phrase pour conclure ? Quelque chose qui t’accompagne tous les jours ?
Je pense souvent au fait qu'un jour (dans quelques millions d'années), il n'y aura plus d'hommes sur terre, plus personne pour se souvenir de quoi ou de qui que ce soit. Tout sera effacé, toute l'histoire, tous les conflits, tous les dieux etc. Et je me dis : Ouf ! 

Official website : Côme Ferré
Insurrection : Côme Ferré
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Merci Côme, j'ai un petit cadeau pour toi (même si au final tu es déjà au courant), ce film que nous avons donc tourné en décembre 2014 avec peu de sous, premier shooting sur fond vert te concernant (moi aussi d'ailleurs). Ce film n'est finalement pas sorti, car le produit a été mis en standby, mais bon on avait même été en short liste pour la finale TVLab France 4 ! ... au moins  le monde entier voit enfin notre oeuvre collective (ahaha). 

Nothing but... Vincent Arquillière, journaliste, secrétaire de rédaction & passionné de musique.