Le plaisir du texte - Roland Barthes (1973)

Nothing but... Marc Molk, peintre et écrivain

Se poser la question d'écrire un livre merveilleux, voilà le véritable défi. Choderlos de Laclos n'a écrit qu'un seul livre : « Les Liaisons dangereuses », puis il a fait autre chose. A-t-il été « un écrivain » ? A-t-il mené une vie d'écrivain ? Non. Mais qui s'en soucie ? « Devenir écrivain », c'est une fantasme petit-bourgeois absolument méprisable. Devenir n'importe quoi d'ailleurs, quel appétit grotesque !

Tentative immobile de régner sur la France, Marc Molk, 2015, huile et acrylique sur toile, 162 x 130 cm

Tentative immobile de régner sur la France, Marc Molk, 2015, huile et acrylique sur toile, 162 x 130 cm

Marc est un personnage haut en couleur, et qui ne se limite pas à un seul art. Nous nous sommes croisés dans des prix littéraires et à d'autres occasions dont ses expositions.. Ecrivain, peintre, cet artiste ne cesse d'étonner ! Bonne lecture :)

Marc, qui es-tu ? D’où viens-tu ? Que fais-tu dans la vie ?
Je suis très attaché aux Antilles et à la Corse, j'ai des ancêtres qui viennent d'un peu partout et d'autres qui ont vécu en Provence pendant des siècles. Je me sens très Français. Je suis fier d'appartenir à cette terre, j'espère y être enterré. Sinon, dans la vie, j'essaie tous les matins d'être courageux. (NdlR : ahaha) 

Nous nous sommes connus au Prix du Style organisé par Antoine Buéno , je t’ai ainsi connu « romancier » avant de te connaître « artiste ». Peux-tu nous parler de cette facette de ta vie ? Quelle est ton actualité du moment ?
J'ai peint sérieusement avant d'écrire sérieusement. J'ai ressenti il y a longtemps qu'il fallait que je peigne, alors j'ai peint, et c'est très difficile. Cela a été une sorte de catastrophe, car ma vie aurait été plus douce si j'avais ressenti qu'il fallait que je fasse une école de commerce. Seulement on ne choisit pas. Ensuite j'ai écris par goût et culture familiale. J'y prends beaucoup de plaisir et cela amuse mes amis, alors je continue. Actuellement je réalise, en plus des peintures et du manuscrit sur lequel je travaille, des calligrammes qui mêlent dessin et écriture. C'est une sorte de synthèse.

Quels sont les livres que tu as déjà publiés ?
« Pertes humaines » aux éditions Arléa et « La Disparition du monde réel » aux éditions Buchet-Chastel, dans la collection Qui Vive. « Pertes humaines » est un recueil de nouvelles déguisé en roman. « La Disparition du monde réel » est plutôt un recueil de remords déguisé en roman. J'ai publié aussi un livre sur la peinture intitulé « Plein la vue », aux éditions Wildproject et j'ai participé à de nombreux ouvrages collectifs.

La Disparition du monde réel, Marc Molk, éditions Buchet-Chastel

La Disparition du monde réel, Marc Molk, éditions Buchet-Chastel

L’écriture pour toi c’est …. ?
Un statut social. Quand tu peins, à moins de faire la couverture de Time magazine, tu n'es rien pour les gens. Disons que tu es un éternel rigolo, quelle que soit la qualité de ta peinture. Il n'y connaissent rien. Lorsque tu es publié, même quand il s'agit d'un petit ouvrage, même dans une maison d'édition modeste, tu es « un écrivain », un écrivain à vie, et tes proches peuvent bomber le torse en parlant de toi. « Écrivain » est une étiquette qui te met à l'abri, elle reste bien collée sur ton front. Le peintre lui est toujours un peu suspect, toujours vulnérable au jugement arbitraire du moindre trou du cul qui dans une soirée voudra se donner des airs suffisants.

Ton regard sur le monde de l’édition actuel en France, ça donnerait quoi ? Ses forces ? Ses faiblesses ? Ses non-dits ? Et si tu connais un peu le système international pour ce milieu de l'édition, un comparatif ?
Le monde de l'édition est un sous-système du système social global dans lequel nous évoluons. Il n'échappe à aucune de ses règles. Tout le monde les connaît. (NdlR : mmmmumm ok ;))

La Théorie des genres, Marc Molk, 2012, huile et acrylique sur toile, 162 x 130 cm

La Théorie des genres, Marc Molk, 2012, huile et acrylique sur toile, 162 x 130 cm

La réalité de l’écrivain c’est quoi pour des jeunes qui voudraient avoir l’ambition de devenir écrivain ?
Si l'on veut « devenir écrivain », c'est que l'on a peu d'ambition. On y parviendra facilement. Obtenir son petit badge au Salon du livre et faire des dédicaces en tirant la langue... Quel rêve misérable. Se poser la question d'écrire un livre merveilleux, voilà le véritable défi. Choderlos de Laclos n'a écrit qu'un seul livre : « Les Liaisons dangereuses » (NdlR : un de mes livres préférés !), puis il a fait autre chose. A-t-il été « un écrivain » ? A-t-il mené une vie d'écrivain ? Non. Mais qui s'en soucie ? « Devenir écrivain », c'est une fantasme petit-bourgeois absolument méprisable. Devenir n'importe quoi d'ailleurs, quel appétit grotesque !

Tu es donc 'aussi' peintre. Ça ne vient pas de nulle part puisque tu es diplômé d’un DEA en Philosophie de l’Art. Peintre avant d’être écrivain, écrivain avant d’être peintre, ou tout en même temps ?
Je ne suis rien, rien du tout.

Le choix de la peinture pour toi en lieu et place d’un autre support, tu te l’expliques comment ? Ton rapport à la peinture, décris-le ?
Ce n'est pas un choix, c'est un goût très prononcé. Depuis tout petit je kiffe grave la peinture (sa race). La moindre croûte aux puces me procure des émotions. Un grand tableau peut m'occuper tout l'esprit et me consoler pendant des jours et des jours. D'autres ont ce rapport avec la musique, le cinéma, la cuisine, etc.

Le Masque de tous les jours, Marc Molk, 2014, huile et acrylique sur toile, 100 x 81 cm

Le Masque de tous les jours, Marc Molk, 2014, huile et acrylique sur toile, 100 x 81 cm

Est-ce que tes obsessions en écriture sont les mêmes qu’en peinture ou pas du tout, et d’ailleurs quelles sont-elles ? Qu’essaies-tu d’exprimer/communiquer/partager, et pour quelles raisons le sais-tu ? Ou tout n’est qu’instincts ?
Je n'en est aucune idée. Je fonctionne à l'échelle du tableau. Chaque tableau est un projet spécifique, une expérience particulière. Mais je n'ai pas le recul nécessaire pour savoir ce que je suis en train de faire sur le long terme. Il y a sans doute un défaut de stratégie dans mon parcours. Concernant l'écriture, ce n'est pas bien plus clair. Je bricole ce qui me chante sur le moment et vogue la galère.

Ton actualité à ce niveau-là, ça donne d’ailleurs quoi ?
J'écris mon prochain livre et je peins plusieurs tableaux. Ils sont relativement différents des précédents. J'élève mes enfants, ce qui est tout de même bien plus important que le reste. J'ai une nouvelle petite amie formidable. Je passe une partie de mon temps au Burger King (le menu Double Wooper Cheese, c'est quelque chose). Voilà. C'est mon actualité, c'est mon cv, c'est toute ma gloire du moment.

Ton regard sur le monde de l’art contemporain, tout comme sur l’édition, ça serait quoi ? Pourquoi ?
Je ne me préoccupe pas de ces questions. Je suis une abeille, je fais du miel. Ensuite j'essaie de faire ce qu'il faut pour que cela se sache et que ma production trouve son public, par vanité. Paris est une toute petite ville et la France, maintenant, un pays en cours de dissolution, aussi l'analyse du fonctionnement des ressorts culturels de ce pays-épave, que j'aime pourtant de tout mon coeur, ne me concerne pas vraiment. Je n'ai pas le temps de m'y intéresser.

La Philosophie dans le boudoir - Squelette ailé à la faux, Marc Molk, 2016, calligramme, encre de Chine sur papier, 65 x 50 cm

La Philosophie dans le boudoir - Squelette ailé à la faux, Marc Molk, 2016, calligramme, encre de Chine sur papier, 65 x 50 cm

Marché de l’art vs Art institutionnel, on oppose souvent les deux « marchés », tu en penses quoi ?
Il y a très peu de grands collectionneurs en France. À l'échelle du monde, nous représentons maintenant moins de 2% du volume des ventes d'art contemporain. Alors je me demande souvent ce que l'on entend par « marché de l'art » ici. Pour ce qui est de l'international, la mondialisation se fait avec force déménagements de galeries vers l'Asie ou recapitalisations de grandes galeries américaines. Cela me dépasse complètement. Pour ce qui est de l'art institutionnel, il a produit un art officiel. Ce n'est pas de sa faute, c'était sa mission. Cet art officiel est à bout de souffle mais n'en finit pas de mourir... Tout ceci est d'un ennui mortel.

La Leçon de Musique, Marc Molk, 2015, calligramme, encre de chine sur papier, 65 x 50 cm

La Leçon de Musique, Marc Molk, 2015, calligramme, encre de chine sur papier, 65 x 50 cm

À des jeunes qui voudraient devenir peintres, tu conseillerais quoi ?
De peindre ?

Quels ont été les moments forts de ta carrière dans les deux disciplines que tu pratiques, et les moments plus durs ?
Je ne fais pas de carrière. Je suis têtu. J'ai donc vécu des joies de têtu et des désespoirs de têtu, avec cet avantage que le têtu ne désespère jamais, puisqu'il n'espère pas, il est seulement têtu. (Ndlr : sourires)

Des artistes/écrivains que tu admires/aimes/t’inspirent et pourquoi ?
Trop longues listes. Je vais être totalement injuste et choisir au hasard : Neo Rauch, John Currin et François Mendras en peinture, pour tout plein de raisons qui seraient trop longues à détailler. Barbara, Ferré et Aznavour pour l'écriture. J'ai appris à écrire à force de belles paroles de chansons davantage qu'à l'aide de beaux romans.

Quand tu étais enfant tu rêvais de devenir quoi ? d’être quoi ?
D'être aimé.

Une phrase qui te guide tous les jours/dicton ?
J'ai plutôt envie de citer un poème de Lazare de Baïf qui s'intitule "Adieu" : "Faire ne puis sans deuil et déplaisir Ce qu'il convient et force est que je fasse. Devoir requiert ce qu'empêche désir ; Amour retient ce que raison pourchasse. Un bien me rit et l'autre me menace ; Dont entre deux convient que je soupire. Las ! je veux trop ; mais crainte me retire, Qui ne permet que mon mal je découvre. En ce tourment adieu je viens vous dire, La larme à l'oeil, sans que ma bouche s'ouvre."

Official website : Marc Molk
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Nothing but... François Maigret, musicien, chanteur, producteur...

Nothing but... Annelyse Bougis, agent de chefs "op" & danseuse professionnelle de Salsa